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Critiques / Théâtre

Laisse moi te dire une chose

par Marie-Laure Atinault

Oratorio pour quatre solistes

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Laisse moi te dire une chose est une confidence murmurée par l’auteur, Rémi De Vos aux spectateurs. De ces mots que l’on chuchote, de peur qu’une voix trop forte les fasse s’envoler et qu’un indiscret les saisisse, de peur de perturber le silence de l’hôpital. La pièce parle de la mort, de la maladie, des êtres qui se fréquentent parce qu’ils sont de la même famille et des vocations. Une mère se meurt à l’hôpital. Ses deux fils se relaient au chevet de la malade. Il y a le bon fils, celui qui a réussi, qui a une vie normale, marié, deux enfants. Et puis, il y a l’autre, le comédien raté, lui n’est pas marié, n’a ni enfant ni situation. L’échec de ce fils la renvoie inlassablement à son propre échec, à son mari parti. Si le fils comédien vient tous les jours, c’est donc pour entendre un chapelet de reproches, un mélange de vieilles rancunes et d’affection. Dans la chambre d’hôpital, il s’échappe alors dans ses rôles inassouvis, dans ces personnages qu’il écrira un jour peut-être. La mère trône sur son lit comme une Reine qui se meurt. Elle le sait. Ses fils le savent. Le comédien écoute tout le monde. Les récriminations maternelles, les étonnements de son frère qui, sous une conformité de bon aloi, cache un mal de vivre. C’est l’amie de la mère qui apporte la féminité maternelle.

Des mots directs, des silences éloquents

Rémi De Vos a écrit sa pièce, comme un puzzle composé d’une multitude d’éléments qui, une fois assemblés, représentent une famille. Tous les personnages tournent autour du lit d’hôpital, cherchant un miel affectif, un mot, un geste. Le théâtre est au centre de cette famille, comme une pierre noire. La mère y voit l’échec de sa vie, le frère une tare à laquelle il a échappé et le comédien une vocation qu’il n’a pas encore assouvie. Ce n’est pas une pièce bavarde. Les mots y sont simples, directs, les silences éloquents. La pièce de Rémi De Vos est un oratorio pour quatre solistes.
Éric Verdin est le fils qui écoute, le comédien raté, un être qui sait se protéger dans ses rêves, s’échapper dans des fictions. Lorsqu’il écoute les reproches maternels, les jugements de son frère et les naïvetés de l’ami, Éric Verdin fait passer sur son visage une multitude d’émotions, ses mimiques inouïes mieux que de longs dialogues donnent chair à un joli personnage. Face à lui Stéphane Olivié Bisson est le frère qui a apparemment réussi. Il effeuille son personnage de paroles maladroites, de lâchetés quotidiennes avec cette insolence de ceux qui pensent avoir raison même lorsqu’ils perdent.
Éric Verdin, Stéphane Olivié Bisson, Annie Mercier et Albert Delpy jouent cette pavane languissante et funèbre qui nous renvoie à nous-même, mis en scène avec sobriété par Stéphane Fiévet.

Laisse-moi te dire une chose de Rémi De Vos. Mise en scène et scénographie : Stéphane Fiévet. Avec Albert Delpy, Annie Mercier, Stéphane Olivié Bisson, Éric Verdin. Théâtre Mouffetard (Paris 5e). Tél. : 01 43 31 11 99. www.theatremouffetard.com.

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