La première saison de Nicolas Joël, prochain directeur de l’Opéra national de Paris

Le calme après les tempêtes

La première saison de Nicolas Joël, prochain directeur de l'Opéra national de Paris

Les conspueurs et siffleurs assermentés qui ont depuis six ans systématiquement bigarré de leurs lazzis les premières des nouvelles productions de l’Opéra National de Paris pourront bientôt remiser leurs « bouh » et « hou » dans leur magasin d’accessoires ès trublions : à partir de la saison 2009-2010, ils n’auront plus aucune raison de s’offusquer de elle ou telle audace contraire à leur confort. Le calme Nicolas Joël qui succédera à l’impétueux Gérard Mortier le 1er septembre prochain est homme de pondération, de respect et de pragmatisme pour lequel les relectures sur la modernité d’œuvres anciennes ne figurent pas dans les préoccupations premières.

A la question « l’opéra est-il du théâtre mis en musique ou de la musique mise en théâtre » il répondrait par la deuxième définition. Quand il choisit une œuvre c’est moins son contenu dramatique qui le motive que la certitude d’avoir réuni les talents pour la servir, à commencer par les voix et la direction d’orchestre. Ses propres mises en scène toujours sages et toujours sans faute de goût l’ont toujours mis à l’abri des protestations. Homme de musique donc, artisan adroit connaissant parfaitement ses outils, homme de terrain riche d’un formidable carnet d’adresses de stars, chanteurs ou chefs d’orchestre, il est un maître incontesté dans l’art de réussir une distribution surfant sur le sans faute.

Passion de l’efficacité, fausse placidité et volonté d’airain

A 56 ans, après avoir été à ses débuts l’assistant Jean-Pierre Ponnelle puis de Patrice Chéreau pour sa désormais légendaire mise en scène du Ring des Nibelungen à Bayreuth, après avoir fourbi ses premières armes à l’Opéra du Rhin, après avoir enfin dirigé avec maestria le Théâtre du Capitole de Toulouse auquel il conféra une aura de dimension internationale, il prend les rênes de la première maison d’opéra de France avec cette fausse placidité et cette vraie passion de l’efficacité qui le caractérisent. Une volonté d’airain qui lui a permis depuis l’été 2008 de venir à bout d’un accident vasculaire cérébral qui en aurait laissé plus d’un sur le carreau. Rééducation et convalescence ne l’ont pas freiné dans l’élaboration de sa première saison.

Philippe Jordan directeur musical à 35 ans

Si ce problème de santé ne lui pas laissé le temps d’opérer de grands chamboulements dans l’infrastructure interne de la maison – et rien ne dit qu’il en eût souhaité -, il a quand même pris quelques initiatives majeures dont la principale est la nomination d’un directeur musical, poste que Gérard Mortier avait supprimé au profit d’une sorte de collège virtuel de chefs d’orchestre renommés. L’élu de Nicolas Joël sera donc le jeune Suisse Philippe Jordan, 35 ans, fils bien né du grand et regretté Armin Jordan. Hormis une série de trois concerts symphoniques, il ne dirigera pas beaucoup durant la première saison, mais c’est à lui que sera confiée la baguette de son principal événement, le retour, après un demi siècle d’absence, d’un Ring complet. Autre nouveauté, la nomination d’un nouveau chef de chœur en la personne de Patrick Marie Aubert, transfuge du Capitole de Toulouse. Dans l’ensemble beaucoup d’ouverture et une restriction inédite : les chanteurs engagés pour la saison en cours n’auront pas le droit de se produire dans d’autres maisons d’opéra de la capitale, Théâtre des Champs Elysées, Châtelet ou Opéra Comique.

Du 14 septembre 2009 au 12 juillet 2010 l’Opéra de Paris, façon Joël comptabilisera 185 représentations d’opéra, soit vingt spectacles dont neuf nouvelles productions.

Les temps forts des nouvelles productions

  Mireille de Charles Gounod - Nicolas Joël mise en scène, Marc Minkowski direction (14 septembre-14 octobre)
  La Ville Morte de Korngold – Willy Decker mise en scène Pinchas Steinberg direction (3-27 octobre)
  Andrea Chénier de Giordano – G. Del Monaco mise en scène, Daniel Oren direction (3-24 décembre)
  Werther de Massenet – Benoît Jacquot mise en scène, Michel Plasson direction (14 janvier-4 février 2010)
  La Somnambule de Bellini – Marco Arturo Marelli mise en scène, Evelino Pido direction (25 janvier – 23 février)
  L’Or du Rhin de Wagner – Günter Kramer mise en scène, Philippe Jordan direction (4-28 mars)
  Faust de Philippe Fénelon - Pet Halmen mise en scène, Bernhard Kontarsky direction (17-31 mars) – Spectacle créé à Toulouse en juillet 2007 (voir webthea du 7 juillet 2007)
  La Walkyrie de Wagner – Günter Krämer mise en scène, Philippe Jordan direction (31 mai 29 juin)
  La Dame du Lac de Rossini – Lluis Pasqual mise en scène, Roberto Abbado direction
  (14 juin – 10 juillet)

Les reprises

Les 11 reprises annoncées panachent largement le répertoire élaboré par Gérard Mortier et par son prédécesseur Hugues Gall avec notamment Wozzeck revu par Christoph Marthaler, Le Barbier de Séville par Coline Serreau, L’élixir d’amour et Platée par Laurent Pelly, La Bohème par Jonathan Miller, Salomé par Lev Dodin, Don Carlo par Graham Vick, Idoménée par Luc Bondy, Billy Budd par Francesca Zambello et Les Contes d’Hoffmann par Robert Carsen.

Une commande

Nicolas Joël a passé commande d’un nouvel opéra au compositeur Bruno Mantovani, 35 ans dont ce sera le deuxième opus lyrique après L’Autre Côté d’après Alfred Kubin, créé en 2006 par l’Opéra National du Rhin dans le cadre du Festival Musica de Strasbourg (voir webthea du 28 septembre 2006). Le livret sera confié au dramaturge-maison Christophe Ghristi. La création de l’ouvrage se fera durant la saison 2010/2011.

Les gosiers d’or

L’atout principal et l’enjeu voulu par le nouveau directeur se concentrera sur les gosiers d’or recrutés pour illuminer les distributions : Natalie Dessay, star incontournable sera La Somnambule et Musette de La Bohème, Rolando Villazon et Anna Netrebko (L’Elixir d’Amour, Idoménée), Juan Diego Florez, Joyce di Donato (La Dame du Lac), Marcelo Alvarez (Andrea Chénier) Jonas Kaufmann (Werther), Waltraud Meier (Wozzeck). Et d’autres un peu moins lancés mais en devenir certains comme Sophie Koch (Werther), Vincent Texier (Wozzeck), Ludovic Tézier (Don Carlo, Werther) Inva Mula (Mireille, les Contes d’Hoffmann) , Anne-Catherine Gillet (Mireille)…

Renseignements – réservations :

08 92 89 90 90www.operadeparis.fr

Illustration : Nicolas Joel, Directeur de l’Opéra national de Paris à compter de la saison 2009-2010. Crédit : Fred Toulet / Opéra national de Paris

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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