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La petite enfance et sa place dans la culture

par Gilles Dumont

Marc Caillard, fondateur et directeur d’Enfance et Musique

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Enfance et Musique est une association qui existe depuis 28 ans. Pouvez-vous nous la présenter ?

Enfance et Musique a pour objet de promouvoir l’éveil artistique des très jeunes enfants en association avec leur famille. Nous voulons développer les pratiques artistiques vivantes dans la vie sociale et familiale des jeunes enfants. Pour mettre en œuvre cet objectif nous travaillons dans trois directions : la formation des professionnels de la petite enfance, la production de spectacles et, enfin, l‘édition musicale.

Nous partons du constat que les jeunes enfants vivent dans des lieux d’accueil divers : crèches, relais d’assistance maternelle, garde à domicile par d’autres personnes que la famille... Nous entreprenons un travail de formation à l’éveil artistique de ces professionnels.
En d’autres termes, nous considérons que les adultes qui accompagnent l’enfant doivent être sensibilisés, à partir de leur propre émotion et goût, à l’éveil artistique.

L’activité de formation est un axe très important lié au grand mouvement d’éducation populaire duquel nous faisons partie. Enfance et Musique est d’abord un lieu de partage des réflexions, qui s’efforce de faire circuler les idées, les pratiques et les manières de faire. En revanche, nous ne souhaitons en aucun cas déterminer un courant d’idées dominant.

Les collectivités locales se trouvent placées au centre de votre dispositif ...

Nous ne répondons pas seulement à une demande de formation. Nous recherchons toujours à mobiliser les ressources culturelles locales. Nous sommes un partenaire qui réunit les acteurs locaux et s’efforce de tisser des liens.
C’est un travail long et de fond que nous pourrions appeler « ingéniérie culturelle et sociale ».

Depuis une trentaine d’année notre regard sur la petite enfance a changé. Comment cette évolution s’est-elle traduite dans vos actions ?

Le développement d’ Enfance et Musique a accompagné la mouvance des années 80 visant à la reconnaissance de la psychologie des petits enfants. En France, la figure emblématique en est bien sur Françoise Dolto et son émission « l’enfant est une personne ».

Ainsi nous avons vu changer les politiques des conservatoires de musique. Ils se sont ouverts au public, se sont déconcentrés en dehors des centres ville grâce à la création d’antennes et d’annexes.

Je dois avouer que ce mouvement est l’élément principal qui permet d’expliquer et de relativiser la place prise par Enfance et Musique ces dernières années.
Les classes d’éveil musical ont été fondées sur l’aspect social et familial. Leur extension a été un moyen de sensibiliser les enfants qui s’éloignaient de plus en plus des pratiques musicales.

Maintenant que ces grandes prises de conscience ont été faites, dans quelles directions faites-vous portez vos efforts ?

Ce qu’il reste à faire désormais se pose de façon intellectuelle et philosophique, mais surtout politique. En d’autres termes, il faut comprendre que les bases culturelles de la petite enfance ont été bouleversées. Il est important aujourd’hui de relier le développement familial et social à la grande question politique du devenir de nos sociétés dans un contexte ou notre système est en crise : écologique, sociale, démographique...
Il est nécessaire de relier cette problématique de démocratisation culturelle aux nouvelles valeurs telles que l’homme face à la consommation, la communication...

Il est encore nécessaire de travailler à une meilleure cohésion sociale, à la lutte contre l’exclusion et de s’efforcer de montrer que la culture à sa place. La question de la place de la petite enfance dans l’accès aux œuvres est omniprésente. Le monde culturel actuel est-il adapté à la petite enfance et à la famille dans ses lieux d’accueils ?
Beaucoup d’œuvres pour adultes peuvent et doivent être partagées avec la petite enfance.
Le véritable problème qui se pose est celui de l’acceptation du tout petit dans la collectivité culturelle.

Enfance et Musique est peut-être aujourd’hui la dernière référence, le dernier label de disque spécialisé dans la petite enfance. Comment analysez-vous cette situation ?

En fait nous sommes les derniers car tout les autres ont déjà disparu, et je le regrette. De plus la situation est implicitement dangereuse pour nous : en effet, lorsque la concurrence est absente cela sous-entend qu’il n’y a plus de place pour tout le monde et y compris pour le dernier.
Il faut aussi tenir compte de la crise actuelle du disque, et de la valeur accordée à l’enfance dans notre société : elle est un bon produit de vente seulement lorsqu’il y a un gros rendement.
Enfin notre label est militant, combattant, et soutenu par l’image artistique et social du projet en général, ce qui nous permet d’exister en tant que producteur de disque a part entière. En revanche, il nous reste beaucoup à faire pour nous inscrire dans le mouvement social général des auteurs, compositeurs, interprètes pour enfants qui, pour certains, même très bons, n’ont plus de place.

Site Web Enfance et Musique

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