La mort de Roger Planchon

La mort de Roger Planchon

Metteur en scène, comédien, auteur, cinéaste, Roger Planchon qui vient de disparaître à 77 ans, restera dans l’histoire du théâtre non seulement comme un des pionniers de la décentralisation, mais également comme un de ceux qui a contribué à en écrire les pages les plus significatives.
Curieusement, c’est par le cinéma que Roger Planchon trouvera le chemin du théâtre, avec le film d’Orson Welles Citizen Kane. Un choc qui avouera-t-il, décida de sa trajectoire, « j’ai d’abord pensé que je ferai du cinéma, mais quand j’ai appris que Welles avait eu une troupe de théâtre , j’ai décidé d’en faire autant ».
Petit fils de paysan ardéchois « monté à Lyon », élève un peu cancre qui préférait les salles obscures aux salles de classe, il a 17 ans lorsqu’il réunit autour de lui une petite troupe de fous de théâtre avec laquelle il va forger sa renommée. Parmi eux l’exceptionnel Jean Bouise, Isabelle Sadoyan, Alain Mottet….C’est d’abord dans une cave transformée en théâtre de 90 places qu’il s’illustre. Enchaînant spectacles sur spectacles, sous sa direction, la troupe alterne les spectacles burlesques pour renflouer les caisses, les pièces du théâtre élisabéthain, celles qu’Antonin Artaud qu’il admirait, rattachait au « théâtre de la cruauté » et les auteurs contemporains. Il sera un des premiers à monter une pièce de Michel Vinaver (Aujourd’hui ou les Coréen 1956) et à s’intéresser à Adamov dont il montera entre autre Le Professeur Taranne (1953), Paolo Paoli(1957) qui sera présenté au Vieux Colombier à Paris en 1958
Brecht, découvert avec Mère Courage au Théâtre des nations, sera sa seconde révélation artistique. Du reste, une fois installé sur la scène plus vaste du Théâtre de Villeurbanne qui devient Le Théâtre de la Cité, c’est à la lumière de Brecht dont il se disait volontiers le fils, qu’avec le scénographe René Allio, il fera de saisissantes relectures de Molière, Marivaux, Racine. Démontant les mécanismes sociaux ou psychologiques des personnages, il révèle du même coup les vérités sociales, politiques, morales ou métaphysiques du temps où s’inscrivent les œuvres.
Poète de la scène autant que chef d’entreprise, Roger Planchon, était également un négociateur redoutable qui alliait « la rouerie d’un cardinal de la Curie et la brutalité du condottiere », aussi apparut-il très vite comme le chef de file d’une profession qui en 1968 convergea vers Villeurbanne pour y tenir des assises afin d’établir une plate-forme de rénovation. C’est à cette occasion qu’il lança un slogan resté fameux, « Le pouvoir au créateur ».
Lorsqu’en 1972, le Théâtre de la Cité devient TNP, Le créateur qu’il était a tenu à partager le pouvoir et la scène, d’abord avec Patrice Chéreau jusqu’en 1981, puis avec Georges Lavaudant jusqu’en 1986.
L’auteur Roger Planchon puise son inspiration dans ses origines ardéchoises ou se fait chroniqueur de l’Histoire pour éclairer le temps présent. De La Remise en 1962 au Radeau de la Méduse en 1995, en passant par L’Infâme, Le Cochon noir, Patte Blanche, Bleu Blanc Rouge ou les Libertins, Gilles de Rais, il écrira une dizaine de pièces que le metteur en scène n’a pas toujours très bien servies.
Homme de théâtre majuscule, il ne cessa de se rêver cinéaste. Rêve qu’il réalise en 1987 avec Georges Dandin, suivront Louis l’enfant Roi en 1993 et Lautrec en 2001.
Lorsqu’il quitte le TNP en 2002, il investit un vaste hangar de Villeurbanne et crée le studio 24 qui sert à la fois de salle de spectacle et de studio de cinéma. Il l’inaugure avec la mise en scène de S’agite et se pavane d’Ingmar Bergman signifiant ainsi qu’après le Théâtre populaire selon Jean Vilar, il chevauche une nouvelle utopie, celle d’une décentralisation cinématographique dans laquelle s’imbriquent étroitement « deux arbres qui ne se ressemblent pas mais poussent sur la même terre » : le théâtre et le cinéma.
Par l’ampleur de son œuvre Roger Planchon participe de l’Histoire du théâtre français et certaines de ses mises en scène, notamment Georges Dandin, Tartuffe, Bérénice, resteront aussi emblématiques que le furent L’Avare de Dullin, L’Ecole des femmes de Jouvet ou le Dom Juan de Vilar.

crédit photographique : DR

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre Aujourd’hui....

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook