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Critiques / Opéra & Classique

La Veuve et le Grillon

par Caroline Alexander

Délices baroques et drôle de rencontre

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Imaginez madame de Sévigné, épistolière distinguée, veuve et bigote recevant à souper Jean de La Fontaine, fabuliste libertin pour un échange d’idées et de convictions arrosé de bons vins et d’exquises musiques. La drôle de rencontre aurait pu avoir lieu : tous deux se sont probablement croisés à la Cour de Louis XIV, leur monarque dont le soleil était censé inspirer leurs génies… Madame de Sévigné dansait à la Cour, monsieur de La Fontaine hantait ses salons.

A l’occasion d’une commémoration, Daniel Soulier, comédien et poète - une « plume » - fut sollicité pour inventer le dialogue que ces deux là auraient pu avoir. Ils se plongea dans leurs écrits, s’en imprégna et leur donna la parole (*) : ainsi naquit La veuve et le Grillon, texte à deux voix rutilant d’esprit et de drôlerie qui donna à Mireille Larroche, patronne de la Péniche Opéra l’envie de le mettre en scène. Et en musique. Le résultat est une petite merveille à déguster sans modération. Créé il y a dix ans le spectacle est repris aujourd’hui avec un nouvel accompagnement musical des Folies Françoises de Patrick Cohën-Akenine

La qualité du fou fait la grandeur du roi

« Vous aimez toutes les femmes, je n’aime aucun homme » déclare madame de Sévigné à son illustre invité. La joute verbale est lancée dans un décor de lambris ocré, un meuble à tout faire garni de petites portes s’ouvrant, au gré des besoins, sur un miroir ou le matériel de cuisine où mijotent quelques plats fumants. Ils vont s’en dire tant et tant, se raconter les rumeurs versaillaises. Elle – Blandine Folio-Peres, mezzo soprano en accord parfait avec son personnage de poupée de porcelaine, toute en grâce et préciosité, si bien élevée, si bien coiffée et habillée, qui en veut à son défunt mari de l’avoir trompée jusqu’à lui faire haïr la gent masculine. Lui, emperruqué, grand, balourd, tout en bonhomie – Bernard Deletré, baryton au timbre chaud, diseur de grande classe et de malice, incroyable sosie de l’original – plaidant pour son amour des femmes, jouant sur les mots, se moquant, au passage, de quelques contemporains : « Lully, cet infâme croque-notes ou Corneille, ce lourdaud qui vit de subventions ». Panier percé, il défie la misère se proclamant « ruiné tout simplement ». Le savetier et le financier étaye sa profession de foi. « La qualité du fou fait la grandeur du roi. » sourit le fabuliste. Avec son interlocutrice, il parle d’amour et de mort – « cet éditeur avec lequel je n’ai point de contrat ». Il se lisent l’un l’autre, se disent « L’Amour et la Folie », « La jeune veuve », chantent et enchantent.

Au pays où les cigales jouent du luth

Trois musiciens de l’ensemble Les Folies Françoises, viole de gambe, clavecin et violon, commentent les va et vient philosophiques des deux comparses : Couperin, Lully, Marais, de Bacilly, Campra, Bataille, Charpentier, Clérambault sont invités à la fête aux côtés de quelques anonymes du Grand Siècle comme celui qui affirme que « rien ne sert de miauler ». Nous sommes au pays où les cigales jouent du luth, où les attitudes, et les danses sont codées sur un ordre social. Natalie Van Parys, chorégraphe et danseuse, entre deux airs, deux bavardages, en illustre la gestique avec une élégance faite de précision aérienne.

Pour le bonheur de la langue française, pour le ravissement de ces musiques de cour, quatre vingt minutes à ne pas manquer.

La Veuve et le Grillon fantaisie baroque autour des textes de Jean de La Fontaine et de madame de Sévigné et des airs de cour français du XVIIème siècle. D’après la pièce de Daniel Soulier - édition « le bruit des autres » - avec Blandine Folio-Peres et Bernard Deletré, Natalie Van Parys, Patrick Cohën-Akenine et ses solistes de l’ensemble Les Folies Françoises.

La Péniche Opéra, quai de Loire, Paris 19° - du 12 au 28 mars 2010

01 53 35 07 77

crédit photos : Mathilde Michel

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