Opéra National de Paris - Palais Garnier
La Tentation de Saint Antoine
Les gospels du désir et de la raison
- Publié par
- 30 novembre 2005
- Critiques
- Opéra & Classique
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Il y a du remue-ménage dans l’air qu’on respire à l’Opéra de Paris depuis que Gérard Mortier y convie les « spectacles frontières » qu’il affectionne. Soit des objets mal identifiés chevauchant le lyrique, la danse et le théâtre sur des rythmes empruntés à des musiques du monde. Et le public n’est plus tout à fait le même qui, beaucoup plus jeune, ose accompagner les cadences en tapant des mains. Ainsi The Temptation of Saint-Anthony que Bernice Johnson Reagon, écrivain, compositeur, chanteuse et militante des droits civiques, a tiré de La Tentation de Saint Antoine de notre cher Flaubert. Un spectacle en sept stations où le rythm and blues, les gospels, le doo-wop, le hip-hop, le funk et autres tempos nés de la culture afro-américaine forment un écheveau musical aux couleurs démultipliées du jazz.
Où est le bien, où est le mal ?
Mystique et métaphysique chrétiennes : Antoine dans son désert est en proie au doute et cherche à justifier sa foi. A Satan tout puissant qui le soumet aux désirs terrestres de la gourmandise et de l’amour, il oppose sa résistance d’ermite intouchable, mais ne sait plus très bien pourquoi... Où est le bien, où est le mal ? Hilarion, son disciple, va l’aider à trouver une réponse en l’emmenant visiter le monde où il découvrira les vertus de la science et de la raison... C’est à Watermill, le domaine de Robert Wilson au nord de New York, que fut conçu ce spectacle, créé il y a trois ans à la RuhrTriennale d’Essen et qui achève à Paris une longue tournée européenne. Une collaboration étroite lia l’auteur compositeur au metteur en scène qui utilise une fois de plus son imagerie et ses stéréotypes figés auxquels la troupe de chanteurs, imprégnés de swing et de soul, oppose une réjouissante liberté gestuelle.
Timbre cuivré qui vibre et qui chaloupe
En contraste malicieux avec la beauté froide des tableaux, le cachet haute couture des costumes et les effets de lumières qui se livrent à un kaléidoscope en technicolor. Splendeur des voix jazzy : ils sont seize à se partager les complaintes dont Carl Antoine Rux, Antoine adolescent, Helga Davis/ Hilarion rayonnant, Marcelle Lashley/Reine de Saba, Charles Williams/Ebonite... Dans la fosse, les guitares, percussions et basses se font presque oublier en comparaison de la chaleur de leur timbre cuivré qui vibre et qui chaloupe avec une force de conviction qui envahit la scène et la salle (et qui se passerait volontiers des prothèses de sonorisation hélas liées à ce type de performance).
La Tentation de Saint Antoine / The Temptation of Saint Anthony, d’après Flaubert, musique et livret Bernice Johnson Reagon, mise en scène, décors et lumières de Robert Wilson, costumes Geoffrey Holder, direction musicale et arrangements Tashi Reagon, avec Carl Hancock Rux, Helga Davis, Stephanie Battle, Bukania, Aleta Hayes, Marcelle Lashley, Charles Williams.... Opéra National de Paris - Paris Garnier, les 24,25,28 novembre, 3,4,5,12,13,14 & 16 décembre à 20h. Renseignements / Réservations : 08 92 89 90 90.
Crédit photo : Eric Mahoudeau / Opéra National de Paris



