Bruxelles - Théâtre Royal de La Monnaie jusqu’au 29 juini 2008

La Forza del destino de Giuseppe Verdi

Eva-Maria Westbroek, une Leonora qui mérite le voyage

La Forza del destino de Giuseppe Verdi

Pour la dernière production de sa première saison à la tête de la Monnaie de Bruxelles, Peter de Caluwe a voulu faire coup double : donner au chef Kazushi Ono l’occasion de faire en beauté ses adieux à l’orchestre dont il fut directeur musical depuis 2002 et mettre sur orbite lyrique le talent d’un metteur en scène de théâtre réputé, le Flamand Dirk Tanghe.

Opération réussie pour le premier, mais cible ratée pour le second. Il est vrai que l’œuvre choisie cette Force du Destin de Verdi représente en soi une gageure en raison des complications de son livret où les événements se coursent et se percutent en autant de changements de lieux et d’ambiance. Rien d’étonnant à ce qu’on l’entende plus souvent en version de concert qu’en version scénique, sa musique offrant à elle seule une immense palette de sentiments qui se déclinent du poétique au grotesque en passant par le mystique, à commencer par son ouverture qui chante dans toutes les oreilles.

Sous le charme et l’autorité de Kazushi Ono

Kazushi Ono, qui devient dès la saison prochaine le chef musical de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, tient manifestement les instrumentistes de La Monnaie sous son charme et son autorité, soutenant de bout en bout la tension des tableaux qui défilent en alternance, passant de la légèreté au drame, laissant respirer comme des chants d’oiseaux les solos de clarinette et apportant à chaque chanteur une attention vigilante.

Une mise en scène aux abonnés absents

Ceux-ci n’ont d’ailleurs rien d’autre à faire qu’à chanter, postés le plus souvent face au public – pour ne pas dire la main sur le cœur – comme au bon vieux temps de l’opéra de papa, sans se préoccuper de leurs partenaires, de ce qu ‘ils ont à se dire ou à échanger. Qu’un metteur en scène connu pour ses audaces au théâtre se mette à ce point aux abonnés absents de la direction d’acteurs constitue un mystère. Intimidé par la force de la musique, d’un destin qui manifestement n’est pas le sien ? Allez savoir… On cherche en vain un parti pris, un point de vue alors que l’œuvre regorge de thèmes qui donnent à réfléchir avec son ode à la guerre – dieu qu’elle est jolie et « rataplan » ! - avec son racisme à cœur ouvert (les origines incas d’Alvaro, l’homme aimé de Leonora sont objets du dégoût de son père et de son frère), la puissance occulte de la volonté divine qui se mue en destin incontournable… il y avait de quoi cogiter et imaginer !

Des toiles peintes aux allures de papier buvard

Les décors de Richard Hudson apportent heureusement un peu d’oxygène au statisme de la mise en scène. D’abord ce rideau de soie bleue qui vibre sous l’orage de l’ouverture, puis cette série de toiles peintes aux allures de papier buvard éclaboussé de traînées d’encre, qui descendent des cintres, délimitant des espaces variables de jeu et de profondeur. Ses costumes en revanche sont tellement traditionnels qu’ils semblent sortir d’un magasin de location.

José Van Dam, idole du public belge

Reste le bonheur des voix. Inégal mais bien réconfortant quand même. Vassily Gerello/Don Carlo tout comme Zoran Todorovitch/Alvaro, dotés tous deux de moyens assez considérables confondent le plus souvent et surtout en deuxième partie – puissance et nuances, mais Marianne Cornetti campe avec humour et justesse la drôle Preziosilla, diseuse de bonne aventure et chantre guerrière, Carlo Colombara est parfait en Padre Guardiano aux graves abyssaux, et, dans le petit rôle bouffon de Fra Melitone, portier de couvent, le grand José Van Dam, idole du public belge, prouve une fois de plus que son souffle amoindri par les ans ne dénature ni la chaleur ni les couleurs de son timbre. Eva-Maria Westbroek enfin, la sublime soprano néerlandaise qui, en novembre dernier, subjugua Paris en Elizabeth de Tannhäuser, est ici la lumière qui éclaire de bout en bout le spectacle, présence forte et toute en grâce, projection ardente et parfaitement maîtrisée, expressivité jusque dans les moindres détails, que ce soit dans ses ascensions vers les aigus ou ses plongées vers les graves… Une grande dame décidément qui à elle seule mérite le voyage.

La Forza del destino de Giuseppe Verdi, , livret de Francesco Maria Piave, orchestre symphonique et chœurs de la Monnaie de Bruxelles, direction musicale Kazushi Ono (en alternance avec Andriy Yurkevych les 19 et 26 juin), chef des chœurs Piers Maxim, mise en scène Dirk Tanghe, décors et costumes Richard Hudson, lumières Fabrice Kebour. Avec Eva-Maria Westbroek (Lisa Houben les 22 & 26), Vassily Gerello, Zoran Todorovitch (Nicola Rossi Giordano les 22 & 26), José Van Dam, Alessandro Guerzoni, Marianne Cornetti, Carlo Colombara, Carole Wilson, Roberto Accurso, Alexandre Kravets, Kurt Gysen.
Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles, les 5, 11, 14, 17, 24 & 27 juin à 20h, les 8, 22 & 29 juin à 15h.
+32 (0) 70 233 939 – www.lamonnaie.be

Crédit photos : Bernd Uhlig

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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