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Critiques / Opéra & Classique

La Flûte enchantée de Mozart

par Quentin Laurens

Triomphe de la lumière

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Le dernier opéra de Mozart revient sur la scène parisienne pour la troisième fois dans la mise en scène sobre et poétique de Robert Carsen. L’énergie vient ce soir de la musique et d’une distribution vocale réjouissante pour une Flûte convaincante.

Au-delà des indices du livret et de la partition, retrouvera qui pourra les allusions francs-maçonnes discrètes dans cette mise en scène : trois fosses, trois échelles, trois couples, un rite d’initiation… On est loin des choix plus classiques et évocateurs de Benno Besson en 2000 à l’Opéra Garnier où équerres, compas et symboles sans équivoque émaillaient la performance.

Cercueils, fosses, squelette : c’est la mort invariable qui pénètre cette Flûte enchantée. On se lasse rapidement de cette forêt, projetée en vidéo en fond de scène, que seule une légère brise vient animer, bois soumis au cycle des saisons, synonyme lui aussi de vie et de mort. Les costumes blanc –Tamina et Pamino- et noir sont légion et rappellent eux aussi la prévalence des ténèbres et de la lumière. Pas de surprise donc pour cette mise en scène dont Caroline Alexander disait (WT 4047) de l’ensemble qu’il était « d’une parfaite poésie » et que « la musique reste en parfaite adéquation avec les images ».

La direction de Henrik Nánási est précise, vigoureuse et presque malicieuse. Le chef hongrois montre une grande complicité avec les chanteurs qu’il s’attache à diriger de près. Il veille aux équilibres entre la scène et l’Orchestre de l’Opéra national de Paris et soigne avec adresse les nuances demandées. Le Chœur de l’Opéra national de Paris livre une belle performance et apporte à l’ensemble couleur et éclat.

On apprécie ce soir une distribution vocale à dominante française, de qualité.
Choix de Carsen, loin des habitudes d’un personnage atteint par la folie démoniaque, la Reine de la Nuit est ici calme et apaisée, au bras fidèle de Sarastro. Jodie Devos efface donc les signes de rage, au point de nous faire regretter le mordant qu’appelle la partition, à l’image d’un « Der Hölle Rache » presque un peu plat. On goûte toutefois sa voix fine et délicate, ses vocalises ciselées, appuyées sur un medium sûr.

C’est Nicolas Testé, au bras de Jodie Devos, qui incarne un Sarastro à la stature et l’assurance naturelles. La basse française montre une voix profonde, un timbre riche, qui donnent au personnage assise et sagesse.

Ce Papageno, randonneur en guenille, bonhomme et débonnaire est incarné par un Florian Sempey généreux et parfaitement dans le rôle. Si quelques graves semblent parfois un brin écrasés, la voix est posée et clairement projetée, la diction et l’allemand parfaits, le timbre chaud et rassurant. Florian Sempey vole sur la scène comme les oiseaux qu’il cherche à capturer, il apporte fraîcheur et humour dans cette atmosphère plutôt lugubre.
On regrette de ne pas entendre davantage sa complice Chloé Birot, qui, en Papagena, conjugue justesse et légèreté.

Julian Behr fait un Pamino tourmenté et sensible, à la découverte des voies obstruées de l’amour. Le timbre sûr se remarque au même titre qu’une ligne de chant élégante et d’un phrasé limpide. Vannina Santoni campe une Tamina lumineuse et appliquée, à la voix claire, fluide et puissante. La soprano française soigne son « Ach, ich fühl’s » avec raffinement.

Les trois dames, dans l’ordre Chiara Skerath, Julie Robard-Gendre et Elodie Méchain, forment un trio de grande qualité, dont on apprécie l’heureuse complémentarité des voix. Espiègles et charmeuses, les femmes de main de la Reine de la Nuit amusent autant qu’elles n’impressionnent. Appuyé sur une belle projection et un réel sens théâtral, Mathias Vidal restitue un Monostatos perfide, fugace et conspirateur.

Les trois enfants, chantés par des solistes des Aurelius Sängerknaben Calw, apportent de la douceur et de la bienveillance pour guider leurs protégés. Les seconds rôles sont bien interprétés et complètent donc une prestation d’ensemble enthousiasmante.

C’est une Flûte enchantée lumineuse que propose l’Opéra National de Paris. Liberté des chanteurs ou clairvoyance de la mise en scène, la musique est en première ligne et fait triompher sur la mort, l’énergie de la vie.

Die Zauberflöte/La Flûte enchantée, de Wolfgang Amadeus Mozart, livret d’Emanuel Schikaneder.
Orchestre et Chœur de l’Opéra National de Paris, direction Henrik Nánási, chef de chœur José Luis Basso, mise en scène Robert Carsen, décors Michael Levine, costumes Petra Reinhardt, lumières Peter van Praet, vidéo Martin Eidenberger. Avec Julien Behr (Tamino), Florian Sempey (Papageno), Chiara Skerath (première dame), Julie Robart-Gendre (deuxième dame), Élodie Méchain (troisième dame), Nicolas Testé (Sarastro), Vannina Santoni (Reine de la Nuit), Chloé Briot (Papagena), Mathias Vidal (Monostatos), Florian Fiderer/Giuseppe Mantello/Hannes Schoss (trois enfants), Martin Gartner, Tomislav Lavoie, Vincent Delhoume, Martin Homrich, Luke Stoker.
Opéra Bastille, les 27 et 30 avril, 3, 7, 9, 15, 18, 21 et 30 mai, 4, 7, 12, 15 juin à 19h30, le 12 juin à 14h30.
08 92 89 90 90 – +33 1 71 25 24 23 - www.operadeparis.fr
Photos Opéra National de Paris

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