Opéra National de Paris – Bastille jusqu’au 11 novembre 2012

La Fille du Régiment de Gaetano Donizetti

Natalie Dessay, grand clown, Juan Diego Florez, grande voix : on les attendait, ils amusent

La Fille du Régiment de Gaetano Donizetti

On l’attendait depuis longtemps cette fille cocardière qui a pratiquement fait le tour du monde avant d’atterrir sur le plateau de l’Opéra Bastille… beaucoup trop grand pour elle. Elle s’en accommode du mieux qu’elle peut, amuse un public conquis d’avance par sa renommée et le nom des vedettes qui scintillent sur son affiche.

La Fille du Régiment de Gaetano Donizetti (1797-1848) opéra patriotique joyeux à la gloire de la France composé à Paris sur un livret en langue française fut mise en scène par Laurent Pelly en janvier 2007 au Royal Opera House Covent Garden de Londres, avec Natalie Dessay et Juan Diego Florez qui en assurèrent le triomphe. Le Staatsoper de Vienne et le Met de New York l’accueillirent dans le même enthousiasme, sa retransmission en direct sur une multitude d’écrans de cinéma fournissait – gratis – l’occasion d’entendre en haute définition et de voir en gros plans. Notre regretté Charles Rosenbaum a rendu compte pour Webthea des deux événements (voir ses articles des 15 janvier 2007 et 2 mai 2008).

Les stars sont toujours là, les cocasseries de Pelly ont gardé leur impact comique même si le feu d’artifice semble avoir perdu quelques fusées. Le choix de la piste d’atterrissage en est sûrement la cause. Pour un opéra comique créé en 1840 dans la salle du même nom, et depuis, toujours représenté dans ce lieu, passer de son intimité aux étendues du vaisseau Bastille, ressemble un peu à une trahison. Mais rentabilité oblige. Bastille peut accueillir plus de monde que Garnier. Et le plein est garanti.

Au premier acte, les cartes du Tyrol transformées en montagnes mouvantes se perdent un peu mais conservent leur drôlerie, au second acte les lambris posés sur un plan incliné du château de la marquise semblent un rien lointains, mais plus que les décors c’est la proximité avec les interprètes qui fait défaut.

Laurent Pelly, orfèvre en gags

Laurent Pelly, orfèvre en gags, fait glisser l’héroïque pochade des épopées napoléoniennes d’origine au comique troupier des poilus la Grande Guerre, jusqu’à ses cartes postales d’un kitch attendrissant. Agathe Mélinand met son grain de sel dans la réécriture des dialogues avec des astuces et des facilités en dents de scie. Mais ça fonctionne !

Natalie Dessay confirme une fois de plus qu’elle est autant comédienne que chanteuse. Clown plutôt, dans un cirque de gamineries à la Gavroche, chaton jouant avec la pelote de son peloton, garçon manqué usant de ses vocalises comme autant de tremplins bouffons. Le medium a beau avoir perdu ses couleurs au soir de la deuxième représentation, la présence et la joie communicative d’être là, jouent les compensateurs.

Juan Diego Florez phénomène de pureté

Juan Diego Florez en revanche n’a pas manqué un seul des neuf contre-ut de sa périlleuse romanche « Ah, mes amis, quel jour de fête ». Il surfe sur des aigus planétaires comme si c’était aussi simple que bonjour. Un phénomène de pureté et de luminosité. Toujours beau gosse il ne fait qu’une bouchée pour gourmets de ce Tonio amoureux et met le public en délire.
L’ensemble de la distribution fait écho aux performances des stars. Alessando Corbelli, succulent Sulpice joue tout en rondeurs au papa gâteau militaire, Doris Lamprecht en fait des tonnes en méchante marquise et dame Felicity Lott donne à la Duchesse des accents so british d’une pudique cocasserie.

Les chœurs finement menés par Patrick-Marie Aubert se livrent à une chorégraphie joliment burlesque, Marco Armiliato donne des ailes à l’orchestre, tantôt vives, tantôt martiales, toujours avec le sourire. Rataplan ! Cocorico.

La Fille du Régiment de Gaetano Donizetti, livret de Jules Henri Vernoy de Saint-Georges et Jean-François Alfred Bayard. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Marco Armiliato, chef de chœur Patrick-Marie Aubert, mise en scène et costumes Laurent Pelly, décors Chantal Thomas, chorégraphie Laura Scozzi, lumières Joël Adam, adaptation des dialogues Agathe Mélinand. Avec Natalie Dessay en octobre et Désirée Rancatore en novembre, Juan Diego Florez en octobre et Celso Albelo en novembre, Doris Lamprecht, Dame Felicity Lott, Alessandro Corbelli, Francis Dudziak .

Opéra Bastille les 15, 18, 24, 27, 30 octobre, 2,6, 8 novembre à 19h30, les 21 octobre et 11 novembre à 14h30.

08 92 89 90 90 - +33 1 73 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Photos - Opéra National de Paris/Agathe Poupenoy

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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