Paris -Palais Garnier jusqu’au 2 novembre 2008

La Fiancée vendue de Bedrich Smetana

Mal vendue mais bien chantée

La Fiancée vendue de Bedrich Smetana

C’est le deuxième compositeur tchèque accroché à l’affiche de l’Opéra National de Paris en deux jours d’intervalle. A Bastille, Leos Janacek, un habitué de la maison, a vu renaître son irrésistible Petite renarde rusée (voir webthea du 16 octobre), à Garnier, Bedrich Smetana fait enfin son entrée au répertoire avec La Fiancée vendue, son chef-d’oeuvre créé à Prague en 1870.

Si en France sa Moldau est fredonnée sur bien des lèvres, son plus célèbre opéra, joué régulièrement sur les scènes d’Allemagne, d’Angleterre, des Etats Unis et d’Europe orientale, reste une denrée rare. A entendre la musique de cette farce paysanne devenue en son pays une sorte d’hymne national affectif, on s’étonne de cet oubli ou de cette indifférence. Car elle ravissante cette musique à la fois pétillante et douce-amère, trempée dans le suc de son terroir, irisée par des bulles légères et souriantes qui virevoltent comme du Rossini.

Une bluette prétexte aux quproquos et burlesqueries

Le livret de Karel Sabina raconte la mésaventure – fausse - de Marenka qui se croit vendue par son bien-aimé Jenik à Kecal, entremetteur et marieur de service qui la négocie au profit de Vasek, le fils du riche fermier Micha… Lequel s’avère être le père du dit Jenik, enfant rebelle à sa marâtre ayant préféré les vagabondages et la pauvreté au joug familial. Jenik fait semblant d’accepter le marché sous réserve d’un contrat signé en bonne et due forme stipulant que le futur mari de Marenka devra obligatoirement être le fils de Micha, le fermier…. Une bluette en quelque sorte qui sert de prétexte à une suite de quiproquos, malentendus et autres burlesqueries où s’insère un cirque en parade cherchant une bonne âme pour faire l’ours. Le tout joyeusement brodé de mélodies et de danses populaires.

Ce que l’on voit contedit ce que l’on entend

On sait que les cirques et les foires inspirent le metteur en scène belge Gilbert Deflo. Avec bonheur s’agissant de l’Amour des Trois Oranges de Prokofiev (voir webthea du 14 décembre 2005), avec lourdeur pour cette Fiancée de Smetana dont il écrase la fraîcheur bucolique par un décor unique de maisonnettes rouges surplombées de lampions, guirlandes et roues de kermesse. Les allées et venues de voitures des années 30, tous phares allumés sur le public n’apportent que des clichés éculés. La laideur prime : ce que l’ont voit contredit ce que l’on entend.

On pouvait espérer le meilleur du chef tchèque Jiri Belohlavek, une valeur sûre qui dirige régulièrement les plus grands orchestres de la planète musique, mais la déception est là devant une direction sèche qui martèle Smetana façon marches militaires. Ce parti pris presque tonitruant dès l’ouverture, s’atténue heureusement au cœur du deuxième acte et retrouve peu à peu les couleurs et la saveur du terroir. Les ballets chorégraphiés à la paysanne par Micha van Hoecke apportent humour et entrain.

La drôlerie des graves abyssaux de Franz Hawlata

Le plaisir naît finalement de la performance des jeunes chanteurs, même si Christiane Oelze n’a ni le médium ni le volume nécessaires à Marenka, elle en a la grâce, le legato et la fraîcheur, Christoph Homberger en fait des tonnes en Vasek attardé mental suçant son pouce, Ales Briscein, ténor solaire, jeune premier de magazine est l’amoureux idéal. Mais en Kecal entremetteur et manipulateur de foire, c’est la basse allemande Franz Hawlata qui remporte la palme de la soirée, non seulement parfaitement en voix, mais en plus d’une irrésistible drôlerie, jouant de ses graves abyssaux comme autant de gags.

La Fiancée vendue de Bedrich Smetana, livret de Karel Sabina, orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Jiri Belohlavek, mise en scène Gilbert Deflo, décors et costumes William Orlandi, lumières Roberto Venturi. Avec Christiane Oelze, Ales Briscein, Christoph Homberger, Franz Hawlata, Oleg Bryak, Pippa Longworth, Stefan Kocan, Helene Schneiderman, Heinz Zednik, Amanda Squitieri, Ugo Rabec.

Palais Garnier, les 11, 14, 17, 22, 28, 31 octobre à 19h30, les 19, 26 octobre et 2 novembre à 14h30
08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr

Crédit photos : S. Mathé/ Opéra national de Paris

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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