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La Contrebasse de Patrick Süskind

par Jean Chollet

Solitude avec orchestre

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Seul dans son appartement en compagnie de son instrument de musique, un homme, contrebassiste relégué au troisième pupitre dans un orchestre d’état, soliloque à l’adresse d’un interlocuteur invisible. Il commence par rendre un hommage appuyé à “l’instrument le plus puissant, le plus beau et le plus indispensable de l’orchestre”, et stigmatise les compositeurs dont les œuvres ne l’utilisent pas à sa juste mesure. Pourtant, rapidement l’éloge à son encombrante compagne se crispe, pour laisser place aux sentiments profonds qu’il lui porte, faits de rancœurs, d’amertume et de haines refoulées. Elle concentre à ses yeux les raisons de sa médiocrité et de sa solitude sociale et affective. Exutoire de ses frustrations et de ses renoncements, de son handicap à se hisser dans la hiérarchie de l’orchestre comme de ses échecs amoureux, il l’apostrophe, la conspue, en glissant progressivement – l’alcool aidant - dans un délire proche de la folie. Depuis plus de vingt-cinq ans, cette pièce de l’auteur allemand Patrick Süskind – né en 1949 – d’abord destinée à la radio, a fait l’objet de traductions et de représentations dans de nombreux pays. Au delà d’une exploration de l’intime d’un individu, elle se situe dans une métaphore du monde d’aujourd’hui. “ Parce qu’il faut bien voir qu’un orchestre, c’est la société humaine en général. … Il y règne l’implacable hiérarchie des capacités …” déclare le contrebassiste. Et cette résonance n’est sans doute pas étrangère au succès rencontré par cette pièce auprès d’un public populaire. Cette nouvelle mise en scène menée avec précision par Natasha Rudolph, dans l’espace réduit et volontairement contraignant de Luc Jenny, bénéficie d’un apport de choix avec l’interprétation de Hubertus Biermannn. D’origine allemande, musicien, compositeur, danseur, comédien – notamment auprès de André Engel, Daniel Jeanneteau, Alain Olivier ou Patrick Sommier – il traduit avec beaucoup d’à-propos, de sensibilité et d’humour, les fractures et les emportements d’un être dévasté auquel il confère une étonnante humanité. Par sa gestuelle déglinguée, son phrasé singulier qui contribue à restituer la musicalité du texte, ou ses interprétations musicales comme dans ses chants de lieds de Schubert, il instaure une relation prégnante avec l’objet de ses transferts et de ses cauchemars.

La Contrebasse, de Patrick Süskind, traduction Bernard Lortholary, mise en scène Natascha Rudolf, musique, jeu Hubertus Biermann, scénographie et lumière Luc Jenny, son Stéphane Seddoh. Durée 1 h 45. MC 93 Bobigny jusqu’au 28 mars 2010. Le Parvis – Tarbes le 2 avril, Théâtre Les Bambous Saint- Benoît de la Réunion du 9 au 16 avril, Théâtre musical de Besançon le 4 mai, Festival Musique action de Vandoeuvre-les-Nancy les 17 et 18 mais 2010.

Photo Dan Aucante

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