Paris, Petit-Hébertot
L’Uruguayen de Copi
Le délire de l’exilé

Ce n’est pas exactement une pièce. C’est un texte peu connu de Copi, à partir duquel Roberto Platé a voulu rendre hommage à son ami, disparu depuis 26 ans. Copi, longtemps après sa mort, reste l’un de nos auteurs qui comptent, un trublion à la folie dérangeante et provocatrice, un génial maître du rire gay et un aventurier du théâtre en totale liberté. Avec le temps qui passe, on se souvent peut-être moins de ses apparitions en scène, toujours avec un rat (un faux rat, un rat fortement symbolique) et de sa bande dessinée de La Femme assise, mais ses pièces, L’Homosexuel, Une visite inopportune et bien d’autres sont toujours régulièrement jouées. Dans L’Uruguayen, c’est l’exilé qui parle sous une série de masques, dans un délire baroque. Ce texte est un conte fantastico-comique qui bascule sans cesse dans l’angoisse. L’homme qui se raconte s’adresse à son chien et décrit un monde inversé où tout est joyeusement effrayant.
A vrai dire, on rit peu à L’Uruguayen. On est saisi par la beauté de cette écriture étrange et par la cérémonie secrète qu’a organisée Platé – dont on sait qu’il est un immense scénographe (la Maison d’Amérique latine a récemment présenté une impressionnante rétrospective de ses décors pour le théâtre et l’opéra). C’est à la fois « trash » et follement élégant. L’interprète unique, Claire Ruppli, qui figure Copi en transsexuel dans un smoking blanc, opère un changement d’identité fort réussi et dit le récit comme une folle confession où la fantaisie et la gravité perdent aussi leurs différences. Le texte dit en français s’imprime constamment en espagnol sur les murs, ce qui est troublant et assez stupéfiant. Un très beau moment qui ne ressemble à aucun autre.
L’Uruguayen de Copi, mise en scène de Roberto Platé, lumières de Jacques Rouveyrollis, avec Claire Ruppli. Petit-Hébertot, 21 h 30, tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 21 juillet. (Durée : 1 h 05).



