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Critiques / Opéra & Classique

L’Ormindo de Francesco Cavalli

par Caroline Alexander

Venise détournée

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C’est un petit bijou d’opéra que l’Arcal (Atelier de recherche et de création d’art lyrique) propose depuis quelques mois en tournée : L’Ormindo de Francesco Cavalli créé en 1644 dans l’euphorie du Carnaval de Venise fait partie de ces chefs-d’œuvre tombés en désuétude, on ne sait pas pourquoi. Elève et successeur de Monteverdi avec lequel il participa à l’écriture du Couronnement de Poppée, son dernier opus, Cavalli fut l’un des compositeurs les plus prolifiques de son temps. Plus de trente opéras à son actif dont beaucoup ont carrément disparu. On assiste de temps en temps à une renaissance de sa Calisto mais L’Ormindo n’avait plus eu les honneurs d’une production depuis 1984, date à laquelle l’Arcal justement, qui en était alors à ses débuts, le sortait de l’oubli dans une production mémorable où brillait le merveilleux contre-ténor Henri Ledroit, trop tôt disparu.

Cœur volage et faux tours de magie

Venise et sa musique baroque si singulière, Venise et son carnaval de toutes les audaces, Venise, ses farceurs et sa commedia dell’arte…Cavalli fut celui qui le premier mélangea en musique toutes les couleurs de sa ville, la farce et les sentiments, le comique et le mélancolique, inventant en cela, bien avant son temps, le principe de l’opéra bouffe. Autant d’ingrédients qui s’interpénètrent dans cet Ormindo si joliment amoral. La jeune épouse d’un vieux roi gaga y est courtisée par deux princes. Tout à sa nouvelle passion, l’un d’eux, Amida, a laissé tomber sa précédente fiancée, Sicle, laquelle bien décidée à reconquérir ce cœur volage, se livre à quelques faux tours de magie. Ormindo a ainsi le champ libre et file le parfait amour avec la reine. Le monarque alerté de son cocuage décide d’empoisonner les amants adultères. Mais comme il s’agit d’une farce tout se terminera par un coup de théâtre réconciliateur, Ormindo se révélant être le fils du roi qui, dans son émotion, lui offre sa femme…

Des pots de peinture en veux-tu en voilà

Patricia Gonzales, Mirinda, Thierry Grégoire, l’Ormindo

Quelle mouche a piqué Dan Jemmet, ce talentueux metteur en scène anglais qui tutoie Shakespeare comme s’ils avaient été potes dans la même « boarding school », pour transformer cette vénitienne pochade en une grosse farce pour Foire du Trône ? Avec des contresens opaques où les deux princes deviennent peintres en bâtiment et le roi, capitaine au long cours ou gardien de phare, au choix. Le tout se jouant en salopettes maculées devant la façade d’une tour hérissée d’échafaudages, et, pour accessoires, des pots de peintures en veux-tu, en voilà… Pourquoi pas chez les éboueurs ou les tailleurs pour dames ? Décors et costumes s’affichent en contradiction avec le texte et la musique et le jeu outré imposé aux personnages bouffonne loin, bien loin de l’esprit des Zanni ou de Goldoni, dont les clowneries ont la légèreté de bulles de savon. C’est Venise détournée de sa grâce. Il y a 23 ans, Christian Gangneron avait été infiniment mieux inspiré ...

Le plaisir de la musique

Reste le plaisir de la musique grâce aux excellents Paladins, petite formation de baroqueux pur jus maniant avec esprit leurs instruments anciens sous la direction inspirée de leur chef et claveciniste Jérôme Correas. Les voix sont jeunes avec quelques fruits encore bien verts dans la distribution mais aussi quelques promesses à suivre comme la soprano Stéphanie Révidat qui sait filer sans accroc ses aigus et le contre-ténor Thierry Grégoire au timbre retenu mais harmonieux.

L’Ormindo de Francesco Cavalli, par l’ARCAL - orchestre « Les Paladins », direction Jérôme Correas, mise en scène Dan Jemmet, décors Denis Tisseraud, costumes Sylvie Martin-Hyszka, lumières Arnaud Jung. Avec Thierry Grégoire, Romain Champion, Arnaud Raffarin, Anne Rodier, Jean-François Lombard, Stéphanie Révidat, Patricia Gonzalez, Jacques Bons, Pierrick Boisseau –
En tournée depuis le 9 mars 2007 : A Paris – Théâtre Silvia Monfort – les 3, 4 & 5 mai – A Reims – grand Théâtre - les 12 & 13 mai, à Troyes – Théâtre de la Madeleine – le 15 mai.
Renseignements : Arcal 01 43 72 66 66

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