Gand et Anvers en Belgique jusqu’au 26 mai 2011

L’Intruse de Dirk D’Ase et Stef Lernous d’après des motifs de Maurice Maeterlinck

A l’occasion de son festival XXI, l’Opéra de Flandre-Vlaamse Opera célèbre Maurice Maeterlinck. Un hommage qui commence dans les brumes

L'Intruse de Dirk D'Ase et Stef Lernous d'après des motifs de Maurice Maeterlinck

L’Opéra de Flandre-Vlaamse Opera a la particularité de naviguer entre deux villes, Gand et Anvers, et, à l’intérieur de ces villes de disposer de plusieurs lieux de représentations. Parallèlement à ses productions lyriques et à ses concerts, il organise depuis deux ans un festival intitulé XXI, chiffre du siècle qui vient de commencer, en collaboration avec quatre autres institutions culturelles locales et en collaboration avec une manifestation hollandaise, les « Operadagen » (jours d’opéra) de Rotterdam. Des coproductions naissent de leur alliance La recherche, l’expérimentation de nouveautés en sont les moteurs dans les domaines du théâtre, de la danse, des musiques, du cinéma...

La première de la saison a pris pour axe, en création mondiale, une œuvre du poète belge Maurice Maeterlinck (1862-1949), gantois francophone– il fut un temps, encore récent, où toute la société dite cultivée de Flandres parlait le français. Il y cent ans l’auteur de Pelléas et Mélisande dont Debussy fit le joyau que l’ont connaît, reçut le prix Nobel de littérature. Un Belge, pour la première fois dans l’histoire du prestigieux prix. Un Flamand maniant avec art la langue française et militant pour elle. Une « année Maeterlinck » commémore le centenaire de l’événement. Elle vient de commencer par la création mondiale d’un opéra de chambre inspiré (sic) « des motifs » de l’auteur tirés de son drame en un acte L’Intruse (1890).

C’est à Gand au lieu dit « Vooruit » que fut créé le 17 mai cette « Intruse » de mystère et de mort. « En avant », telle est la signification littérale du nom de ce singulier bâtiment qui derrière sa façade de briques blondes abrite bureaux, salles de réunions et autres foyers ainsi qu’une une superbe salle de spectacle richement décorée, murs de faux marbre, dorures et sculptures dans le style Art Déco sans pour autant en faire intégralement partie.

Vooruit, c’est le Palais du Peuple, un édifice bâti en 1913 par une coopérative ouvrière issue des mouvements socialistes de l’époque. L’architecte Ferdinand Dierkens la conçut à sa gloire en plein cœur de ce qui à l’époque se trouvait au centre du quartier ouvrier. Il se situe aujourd’hui à quelques rues du centre ville, ses églises, ses canaux, et, devenu « Centre d’Arts » accueille les manifestations les plus diverses et continue aussi, comme à son origine, de servir le boire et le manger dans un café convivial.

Des polyphonies immobiles du monde de la nuit

L’Intruse y a trouvé un hébergement à sa taille, malgré les dimensions imposantes de la salle et la relative brièveté de l’œuvre : soixante dix minutes de musiques et un récit morcelé d’apparitions. Chantre du romantisme à l’allemande, prince du symbolisme Maeterlinck n’a pas seulement inspiré Claude Debussy. L’une de ses toutes premières œuvres, Serres Chaudes, fut mise en musique par Ernest Chaussin dès 1899. Plus récemment, l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris créait Les Aveugles sur une musique du jeune compositeur suisse Xavier Dayer (voir webthea du 3 juillet 2006). Des polyphonies immobiles du monde de la nuit, un monde d’états d’âme dont on retrouve les rouages dans l’Intruse que le metteur en scène et dramaturge Stef Lernous, fasciné par « l’univers au-delà du familier » de Maeterlinck a mis en livret et en scène pour sa troupe, le collectif Abattoir Fermé. Le compositeur anversois Dirk D’Ase, élève et disciple de Luciano Berio et Friedrich Cerha (l’homme qui compléta la sublime Lulu qu’Alban Berg n’eut pas le temps d’achever), a répondu au pied levé, pourrait-on dire, à la commande du Vlaamse Opera suite à la défection pour raisons de santé d’un autre compositeur Luc Brewaeys. D’Ase, auteur de plusieurs opéras, des symphonies et de musiques de chambre, encore peu connu en France, se taille déjà une solide réputation en Autriche et même à New York.

Moments décalés, ruptures et dissonances

Dans cette Intruse intimiste où un roi aveugle, veuf, de retour des Pays de la Nuit, raconte à son meilleur ami, un cauchemar où au cours d’une partie de chasse il devient l’assassin d’une jeune femme. Poussé irrésistiblement, irrationnellement par l’apparition de la princesse des Pays de la Nuit, symbole de la mort, à laquelle il va succomber, avec sa sœur chérie. Pas d’histoire à proprement parler, simplement deux actes faits de moments décalés, d’états d’âme, de recherche d’absolu. Une mosaïque, d’actions, de mots, de sons puisés dans les préceptes de l’atonalité avec ses bruitages, ses ruptures et ses dissonances. Sous la direction précise de Yannis Pouspourikas l’Orchestre Symphonique du Vlaamse Opera se prête à toutes les spirales d’une partition où tout se joue en dents de scie. En accord avec le fantastique des faits qu’elle évoque. Le metteur en scène Stef Lernous et son décorateur Sven Van Kuik, en ont tiré des images hantées de spectres et de bacchanales, d’ombres chinoises, de monstres avec, ici et là, des pointes d’humour sous jacent. C’est beaucoup, un peu confus. Le baryton Omar Ebrahim a de la voix, une présence inquiétante, mais sa diction est pâteuse, les mots de Maeterlinck s’y engluent. Belle prestance de la mezzo Hannah Esther Minutillo souvent entendue à Paris, toujours élégante et juste. Une troupe de comédiens et danseurs complètent les visions d’enfer. Le festival se veut « expérimental », L’Intruse s’inscrit dans sa ligne de mire. Mais Maeterlinck a déjà été mieux servi.

L’Intruse, opéra de chambre sur un livret de Stef Lernous d’après des motifs de Maurice Maeterlinck. Musique de Dirk D’Ase, Orchestre symphonique du Vlaamse Opera, direction Yannis Pouspourikas, mise en scène Stef Lernous, décors Sven Van Kuiken, costumes Margerita Sanders. Avec Omar Ebrahim, Hannah Esther Minutillo, des comédiens et danseurs .

Gand – De Vooruit, les 17, 18, 20 & 21 mai à 20h, http://vooruit.be/

Anvers – deSingel, les 25 et 26 mai à 20h, http://www.desingel.be/fr

+32 70 22 02 02

Crédits photos : Opéra de Flandre

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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