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L’Homme qui voulait être directeur de théâtre… de Jean-Paul Farré

par Gilles Costaz

Le théâtre en folie

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Ceux qui connaissent Jean-Paul Farré, clown musical et auteur de shows délirants où la logique et les pianos sont follement désaccordés, ne découvriront pas un nouveau Farré quand ils liront son premier recueil de nouvelles, L’Homme qui voulait être directeur de théâtre. Ils retrouveront la même dinguerie roborative, le même concassage burlesque de ce qui fait la vie, les mêmes dérapages sans garde-fou.

On ne peut raconter avec trop de précision ce genre de texte, car ils fonctionnent beaucoup sur les effets de surprise. Evoquons simplement leurs trames. Dans la première nouvelle (très longue : il s’agit plus de récits que de nouvelles), une soirée des Molières se transforme en une occupation du Châtelet par ses 1 800 invités qui décident de créer tous ensemble le Nouveau Théâtre Neuf ; c’est une affaire qui va durer quatre ans et ne pas changer aussi profondément le théâtre que l’espéraient ces aventuriers du fauteuil rouge…

Dans un autre récit (et c’est sans doute celui que nous préférons), un homme devient un spectateur forcené de théâtre, mais il n’arrive qu’aux moments des saluts : il ne vient au théâtre qu’à la fin de la pièce ! Dans les autres mini-romans, le spectacle comique absolu (personne n’y résiste, les rires sont continus : c’est le rêve de tout directeur, de tout auteur, de tout spectateur) est tout à coup mis en cause, à la 2000e représentation, par les comédiens. Ou bien un auteur devient balayeur dans les théâtres pour retrouver le manuscrit qu’on ne lui rend pas. Ou alors un acteur ne parvient pas à jouer Hamlet pour des raisons plutôt complexes. Ou bien encore (et c’est le texte qui nous a fait le moins rire, sans doute sous l’effet d’un réflexe corporatif), un critique féroce suscite une série de recherches sur le mécanisme de cette férocité.

Bien que musicien, Jean-Paul Farré vit et respire par le théâtre. Quand il ne joue pas, il est au théâtre tous les soirs. C’est l’artiste qu’on rencontre le plus dans les salles, sur la scène et parmi le public. L’humeur de son livre ne s’exerce que sur le théâtre, contre le théâtre et pour le théâtre. Il recourt à des références très professionnelles, parodie parfois des propos qu’on n’entend que dans ce milieu. Mais l’ouvrage n’intéressera pas que les acteurs, les auteurs et les techniciens. Tout amateur d’absurde et toute personne qui aime se promener sur la voie lactée qui va de Chaplin à Etaix devrait adorer ce nouvel attentat perpétré contre l’esprit de sérieux et de vanité.

L’Homme qui voulait être directeur de théâtre… et autres nouvelles de Jean-Paul Farré. Préface de Ghislaine Lenoir. Editions L’Harmattan, 200 pages, 19 euros.

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