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Critiques / Théâtre

L’Art de la comédie d’ Eduardo de Filippo

par Jean Chollet

Rencontres de l’artiste avec le pouvoir et l’illusion

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Les accents de cette pièce du dramaturge napolitain (1900 – 1984) trouvent, sous ses savoureux ressorts comiques, une relation toujours actuelle avec les interrogations des relations de l’artiste avec le pouvoir, et celles du réel avec l’illusion. Elle n’a pas pris une ride depuis sa création le 8 janvier 1965 au Teatro San Ferdinando de Naples, et Patrick Pineau a eu l’excellente idée de mettre en scène cette nouvelle version. Une journée particulière pour De Caro (Fabien Orcier) qui entre dans sa nouvelle fonction de préfet dans une ville de province. Il s’apprête à ce titre à recevoir les doléances de ses administrés, en compagnie de son secrétaire, Giacomo (Christophe Vandervelde), lorsqu’il reçoit la visite impromptue d’un modeste chef d’une troupe théâtrale itinérante, Oreste Campese (Mohamed Rouabhi), venu lui demander de l’aide après l’incendie de sa roulotte, outil indispensable à ses activités. Non sous la forme d’un soutien financier, mais d’une représentation de bienfaisance dans le théâtre local à l’abandon, à même d’encourager le goût du théâtre de la collectivité, sous réserve qu’elle soit présidée par le haut fonctionnaire. La conversation entre ce dernier, qui se targue de connaissances théâtrales issues de sa jeunesse, et Campese, tourne progressivement à l’affrontement sur la fonction du théâtre et de l’art en général. Pour se débarrasser du gêneur, le préfet ordonne à Giacomo de lui délivrer un permis de transport gratuit l’encourageant à aller voir ailleurs. Dans sa précipitation, celui – ci se trompe de document et remet la liste des notables de la ville admis aux prochaines audiences préfectorales. Parmi eux, un médecin (Manuel Le Lièvre), un pharmacien (Nicolas Bonnefoy), un curé (Marc Jeancourt), une institutrice (Sylvie Orcier), auxquels se joindra une comédienne Palmira (Aline Le Berre). Mais lorsqu’ils se présentent, sont – ils vraiment les individus qu’ils prétendent êtres, ou les comédiens et comédiennes de la troupe de l’artiste éconduit ? Cette part de mystère interroge avec subtilité la nature même du théâtre et sa répercussion sur la vie de la société.

Dans la scénographie ouverte de Sylvie Orcier, composée pour l’essentiel de structures métalliques à plusieurs nivaux, la représentation trouve une relation de vitalité avec le monde extérieur dans l’inscription des aller venues des différents personnages, en évitant le seul huis – clos préfectoral. Un dispositif dont les articulations et l’utilisation contribuent au rythme enlevé et tonique de la mise en scène de Patrick Pineau, qui privilégie le jeu des huit bons interprètes, dont la vitalité truculente et joyeuse ouvre sur un plaisir théâtral jubilatoire en associant le burlesque à la réflexion. Une grande comédie à l’italienne servie “al dente” pour en savourer tous les piments et colorations.

L’Art de la comédie de Eduardo De Filippo, traduction Hugette Hatem, mise en scène Patrick Pineau, avec Nicolas Bonnefoy, Marc Jeancourt, Aline Le Berre, Manuel Le Lièvre, Fabien Orcier, Sylvie Orcier, Mohamed Rouabhi, Christophe Vandevelde. Scénographie Sylvie Orcier, lumières Christian Pinaud, son et musiques Nicolas Daussy, costumes Brigitte Tribouilloy. Durée : 1 heure 50.

Théâtre 71 – Malakoff jusqu’au 18 février 2016, Théâtre de l’Arsenal – Val-de-Reuil le 26 février, Théâtre Dijon – Bourgogne du 1er au 5 mars, Le Salmanazar – Epernay le 9 mars 2016.

Photos ©Philippe Delacroix

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