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L’ Anti Wagner sans peine de Pierre-René Serna

par Caroline Alexander

Impertinent (et salutaire) coup de balai dans la fourmilière des pèlerins de Bayreuth

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Si l’on devait définir Pierre-René Serna, journaliste, musicographe, écrivain, fou de Berlioz et de la Zarzuela, un compositeur et une forme de musique auxquels il consacra des études (*), l’expression qui s’imposerait d’emblée serait « l’esprit de contradiction ».

Serna n’aime ni les routes balisées, ni les cohortes d’inconditionnels. Il leur préfère les chemins d’écoliers et les anarchistes qui jouent aux billes avec le prêt à penser. Pour faire comme eux et s’amuser. Rien d’étonnant que, doté de ce tempérament là, il n’ait senti surgir dans son for intérieur de commentateur musical une sorte de démangeaison devant les messes faites ou à venir qui en 2013 célèbreront le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner, l’homme dont les opéras garantissent un maximum de recettes aux temples lyriques qui les programment. Les Ring nouveaux vont s’enchaîner dans toutes les capitales musicales, à Milan, à Genève, à Vienne, à New York... Paris reprendra le sien en cycle complet. Une Tétralogie, quatre opéras, de quinze à seize heures de musique, l’enjeu coûte cher mais rapporte gros.

Mu par une poussée d’adrénaline

Alors, comme mu par une poussée d’adrénaline, Pierre-René Serna a mijoté un petit mode d’emploi parfumé au vitriol à l’usage des malvoyants et malentendants abusés par le phénomène Wagner. Avec humour, insolence, provocation, un brin de mauvaise foi, mais aussi une parfaite connaissance de ce qu’il avance, il établit un catalogue d’une quarantaine de thèmes qui font rouler à terre les pierres scellées du monument. De A comme antisémitisme à W comme Wolf, surnom affectueux que les rejetons de la dynastie Wagner donnaient à leur tonton Adolf (Hitler) - le Z a été englouti par la marée -. Idéologie, esthétique, musique sont les têtes de pont d’une série de définitions trempées d’ironie, tantôt sérieuses, le plus souvent grinçantes, surgissant ici et là comme une crise d’acné.

Serna reconnaît à Wagner savoir faire et savoir naviguer, et même, enfouies dans ce qu’il appelle ses « boursouflures » d’incontestables beautés pouvant agir jusqu’à l’hypnose. Il ne lui pardonne rien. A commencer par son antisémitisme qui, nourri par sa veuve et ses descendants devint l’une des carburants de la pensée d’Hitler et de ses conséquences.

Une allergie argumentée

Son allergie se fonde sur des arguments solides : il connaît l’homme, ses errances mentales à la recherche d’un père qui aurait pu être juif (l’acteur Ludwig Geyer qui fut l’amant de sa mère), son besoin de grimper dans les hiérarchies sociales, son goût du luxe bourgeois et du pouvoir. Il connaît son œuvre, entendue et vue sur de multiples scènes, y compris à Bayreuth. Il ne l’aime pas - il la trouve gonflée, soporifique, grandiloquente, pesante -, truffée d’emprunts à d’autres compositeurs. Comme Meyerbeer et Mendelssohn, ses contemporains, juifs tous les deux.

On peut aimer la musique de Wagner – en tout ou en partie – et s’amuser avec Serna. Son court pamphlet (moins de cent pages) remet à sa place une foule d’idées reçues. En les exagérant parfois comme pour leur tirer la langue. Son manuel constitue en quelque sorte une cure de santé.

• Berlioz de B à Z (2006 édition Van de Velde)
• Guide de la Zarzuela (édition Bleu Nuit novembre 2012)

Pierre-René Serna – L’ Anti-Wagner sans peine – PUF - 9,50€

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