Opéra National de Paris – Palais Garnier jusqu’au 5 avril
Katia Kabanova de Leos Janacek
L’éblouissante découverte de Thomas Netopil, chef d’orchestre
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- 9 mars 2011
- Critiques
- Opéra & Classique
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Cette production de l’un des chefs d’œuvre de Leos Janacek (1854-1928) que Gérard Mortier, ancien directeur de l’Opéra National de Paris, avait importé de Salzbourg en 2004 revient sur le plateau du Palais Garnier et ne déçoit pas. La mise en scène de Christophe Marthaler créée en 1998, garde son efficacité (voir webthea du 3 novembre 2004) autour du thème de l’enfermement dans son décor de cour d’immeuble aux murs lépreux percés de fenêtres.
Un jeu du dedans-dehors avec ses voyeurs à l’affut derrière les voilages poussiéreux de leurs baies vitrées, observant le destin tragique de Katia, mal mariée au fils d’une folle hystérique qui la maltraite et l’humilie.
Le mari soumis à la domination de sa mère est parti en voyage, la jeune femme cède à la tentation de Boris, le neveu de l’ami de la famille qui couche avec la vieille Carabosse. Femme adultère dans un monde d’hommes oppresseurs, il ne lui reste qu’à disparaître dans les flots du fleuve. Dans ce sixième opéra, Janacek une fois de plus dénonce le sort réservé aux femmes et en fait des héroïnes sacrifiées.
La Volga, fleuve omniprésent
La symbolique « marthalienne » de l’oppression fonctionne toujours mais à l’écoute de la musique, cette fois si prodigieusement exaltée par le jeune chef Thomas Netopil, l’absence de nature se fait davantage ressentir que sous les battues sèches de Sylvain Cambreling qui l’avait dirigée en 2004. La nature est en effet au centre de cet opéra que Janacek tira de l’Orage, un drame en cinq actes du dramaturge russe Alexandre Nikolaïevitch Ostrovski (1823-1886) qui se déroule dans un village des rives de la Volga. Fleuve omniprésent dont les berges abritent d’abord les amours clandestines de Katia avant de devenir le réceptacle de son suicide. Au Vlaamse Opera d’Anvers, le canadien Robert Carsen avait justement centré sa mise en scène sur l’élément aquatique de l’œuvre. Un DVD paru en octobre 2010 témoigne de ses visions de solitude en reflets glacés (voir webthea du 2 novembre 2010)
L’excellence musicale
Angela Denoke reprend le rôle titre qu’elle avait déjà si brillamment défendu et prouve, s’il en était besoin, qu’elle est une immense cantatrice et une actrice hors pair. Soprano aux couleurs rayonnantes, elle se fond littéralement dans son personnage, dans ses blessures, ses révoltes et sa fragilité. Elle est magnifique. L’ensemble de la distribution atteint ce même niveau d’excellence musicale dont Nicolas Joël, le patron de la grande maison, a juré de se faire le héraut. Jane Henschel, Kabanicha odieuse à souhait, Vincent Le Texier, parfait ahuri en vieil amant décati, Andrea Hill, fraîche et déliée en belle-sœur complice et amie. Le parcours est sans faute pour chacun comme pour Alex Briscein, Donald Kaasch, Michal Partyka, et, pour Boris, Jorma Silvasti, le ténor finlandais, nouveau venu à l’Opéra de Paris, qui fut un magnifique Fidelio au Théâtre des Champs Elysées et, à Anvers, un Peter Grimes idéal (voir webthea des 18 juin 2008 et 1er juillet 2010).
Emportant l’orchestre dans des tempêtes de générosité, rendant à la musique de Janacek le suc de ses inspirations de terroir, les couleurs et la chair de ses espoirs, Thomas Letopil, ce jeune chef tchèque au déjà riche parcours international, devient pour Paris, une éblouissante révélation.
Katia Kabanova, opéra en trois actes de Leos Janacek, livret de Vincence Cervinka d’après l’Orage d’ Alexandre Nikolaïevitch Ostrovski. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris direction Tomas Netopil, mise en scène Christophe Marthaler, décors et costumes Anna Viebrock, lumières Olaf Winter, chorégraphie Thomas Stache, chef du chœur Patrick Marie Aubert. Avec Angela Denoke, Vincent Le Texier, Jane Henschel, Donald Kaasch, Jorma Silvasti, Ales Briscein, Andrea Hill, Michal Partyka.
Palais Garnier les 8, 12, 16, 21, 23, 29 mars, 1er et 5 avril à 19h30.
08 92 89 90 90 - +33 1 71 25 24 23 – www.operadeparis.fr



