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Critiques / Théâtre

Jeux de cartes 1 : pique, de Robert Lepage

par Corinne Denailles

La grande magie de Lepage

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On ne saurait quels adjectifs superlatifs il faudrait inventer pour qualifier le travail scénographique et technologique du Québécois Robert Lepage qui laisse le spectateur coi d’admiration. Pour ce dernier spectacle qui s’annonce comme le premier opus à pique d’une tétralogie qui se déclinera à cœur, carreau et trèfle, le scénographe Jean Hazel a conçu une scène circulaire surmontée d’un dôme d’où descendent aussi bien des écrans que des chaises. Les éléments scéniques surgissent de nulle part, aussi escamotés à la fin de la scène dans les trappes multiples du dispositif : une chambre d’hôtel complète avec lit, télévision, table, un bar, ses rangées de bouteilles et son barman, une piscine, une table de jeux de casino, la cafétéria du personnel, une chambrée de militaires, etc.

Le décor campe deux espaces dans le désert américain, un camp d’entraînement pour les soldats qui ont combattu en Irak et un hôtel à Las Vegas. Dans l’hôtel se croisent un couple qui vient se marier, Elvis Presley, un cowboy de fantaisie, un homme d’affaire désespéré accroc au jeu qui tente de se sauver avec une maîtresse ancienne alcoolique, des militaires du camp d’entraînement voisin, une prostituée, le personnel de service, un shaman... On voit bien le parallèle entre le monde des riches et celui des émigrés exploités, entre le monde superficiel du jeu et celui de la guerre mais on voit moins bien ce que Lepage veut nous en dire de singulier. La conception extrêmement élaborée de cette entreprise manque de lisibilité. Bien qu’il soit servi par d’excellents comédiens, ce spectacle déçoit par la déséquilibre entre le déploiement d’intelligence et de savoir-faire technique et la faiblesse du propos (construit à partir d’improvisations) qui apparaît comme un prétexte aux prouesses époustouflantes de ce grand magicien de la scène. Espérons que les trois opus suivants contrediront cette première impression et sera à la hauteur des grandes réalisations de Lepage comme La Trilogie des dragons (1985, 2003) ou La face cachée de la lune (2003). Soulignons le travail exceptionnel de l’équipe des techniciens invisibles et véloces qui, enfermés dans le fond de cette boîte à malice, tirent les ficelles, en véritable deus ex machina.

Jeux de cartes 1 : pique, mise en scène Robert Lepage, en français, anglais, espagnol surtitré. Texte de Sylvio Arriola, Carole Faisant, Nuria Garcia, Tony Guilfoyle, Martin Haberstroh, Robert Lepage, Sophie Martin, Roberto Mori. Dramturgie Peder Bjurman, musique originale, Philippe Bachman, scénographie Jean Hazel ; éclairage, Louis-Xavier Gagnon-Lebrun ; costumes, Sébastien Dionne. Avec Sylvio Arriola, Nuria Garcia, Tony Guilfoyle, Martin Haberstroh, Sophie Martin, Roberto Mori. Au théâtre Odéon-Théâtre de l’Europe, ateliers Berthier, jusqu’au 14 avril 2013. Durée : 2h30. Rés : 01 44 85 40 40.
www.theatre-odeon.eu

Photo Erik Labbé

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