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Critiques / Théâtre

J’habite ici de Jean-Michel Ribes

par Corinne Denailles

Portrait de groupe brossé à gros traits

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Un immeuble habité par un panel d’individus dont Jean-Michel Ribes tire le portrait pour brosser à gros traits une petite sociologie du Français moyen. On est loin du projet de Perec dans La Vie mode d’emploi qui décrit la vie d’un immeuble en coupe à un instant T. D’un certain point de vue, c’est même le contraire ; là où Perec vise une tentative minutieuse d’inventaire et d’épuisement d’un fragment de réel, Ribes retient des silhouettes, des thèmes de société évoqués à l’emporte-pièce. Son inventaire est de l’ordre des brèves de comptoir de son ami Jean-Marie Gourio, au demeurant très drôles dans le genre.
Ribes a réuni une brassée de sujets qui font l’actualité : le racisme ordinaire, le veganisme tendance secte, l’homophobie, la question du genre, l’écologie, la politique, etc. Il les a soumis à l’épreuve d’un rire souvent gaillard qui enfle au-delà de la démesure avec ce ministère, lieu de débauches grand-guignolesque (Olivier Broche parfaitement digne dans son rôle de lèche-cul) ou cette critique dramatique sourde à la modernité interprétée avec une belle extravagance par Marie-Christine Orry. Personnage foldingue souffrant d’infection urinaire qui juge que l’art est facile et la critique difficile, prenant à l’envers « la critique est aisée mais l’art est difficile », et rentre en extase à l’écoute d’un alexandrin jusqu’à prendre son envol pour de bon.
Les comédiens jonglent brillamment avec plusieurs rôles excepté Annie Grégorio qui interprète la concierge avec une belle générosité, « ange gardienne » fantasque, figure populaire. Les petits-bourgeois font dans le poncif ; pourtant, le rire fait mouche, et la cible n’est pas exactement où on la pense. Ces petits marquis moquent Proust et les Proustiens, mais ils sont trop ridicules pour être crédibles et prennent leur critique dans la figure comme un boomerang. Ici tout le monde en prend pour son grade.
Dommage que Ribes ne résiste pas à charger la barque ; à trop rechercher l’effet appuyé, l’humour tourne à la bonne blague potache et perd de sa vigueur. Cela n’enlève rien à son art de la répartie, son sens des répliques franchement drôles qui éclatent comme les étoiles filantes dans le ciel.

J’habite ici de Jean-Michel Ribes, avec Olivier Broche, Manon Chircen, Romain Cottard, Charly Fournier, Annie Grégorio, Jean Joudé, Alice de Lencquesaing, Philippe Magnan, Marie-Christine Orry, Stéphane Soo Mongo. Scénographie Emmanuelle Favre. Costumes, Juliette Chanaud. Lumière, Hervé Coudert. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 17 octobre à 21h. Durée :1h40. Resa : 01 44 95 98 21.

© Giovanni Cittadini Cesi

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