Accueil > J’admire l’aisance avec laquelle tu prends des décisions catastrophiques de (...)

Critiques / Théâtre

J’admire l’aisance avec laquelle tu prends des décisions catastrophiques de Jean-Pierre Brouillaud

par Gilles Costaz

Etre ou ne pas être femme de balayeur

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Un avocat d’affaires au chômage prend la décision de prendre un boulot dans un domaine où l’on trouve des places disponibles : la voirie municipale. Il devient « agent de propreté urbaine » à la mairie de Paris. Autrement dit balayeur. De quoi ébranler son couple qui fonctionnait sur la réussite sociale et les mondanités bourgeoises. L’épouse est une grande universitaire ; elle monte sur ses grands chevaux. Elle ne peut accepter d’être femme de prolétaire. Quelle « décision catastrophique », comme dit le titre ! Mais lui prend à cœur ce travail ingrat et, observant le monde sous un autre angle, voit les avantages qu’on gagne à perdre ses réflexes de classe.
Belle idée de comédie, que Jean-Pierre Brouillaud développe non pas comme un débat pensif, mais comme une farce sociale : c’est un duo quelque peu clownesque de boxeurs arqués sur leurs certitudes et leurs désaccords. La pièce met le doigt sur pas mal de plaies de notre époque, l’aveuglement de l’élite et les gaspillages des pays riches, tout en détaillant l’explosion d’un couple – qui pourrait se réconcilier après avoir fait voler en éclats ses préjugés et ses mensonges. Le texte part fort, manque un peu de souffle ensuite et atteint enfin une belle émotion. Eric Verdin a conçu sa mise en scène comme une séance de lutte au-dessus du vide. Pas le moindre décor ou accessoire. Les acteurs s’éloignent ou s’empoignent comme dans des rounds, livrés à leur seule densité d’artistes puncheurs. Mathilde Lebrequier est tout en flammes, Renaud Danner tout en sensibilité rieuse. Sur un dialogue pertinent mais trop mince, la soirée met en jeu de beaux tempéraments d’auteur et d’acteurs.

J’admire l’aisance avec laquelle tu prends des décisions catastrophiques de Jean-Pierre Brouillaud, mise en scène de Eric Verdin, avec Mathilde Lebrequier et Renaud Danner.

Studio Hébertot, 19 h le jeudi, 21 h le vendredi et le samedi, 15 h le dimanche ; tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 10 mars. (Durée : 1 h 10).

Photo DR.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.