Impatience

Pour élargir le cercle de la reconnaissance

Impatience

« Nervosité de qui attend avec agitation l’accomplissement de son vœu », telle est, dans le dictionnaire, la définition de l’impatience. Celle, c’est évident, des jeunes troupes théâtrales dont le rêve est de conquérir la renommée. N’ayant pas oublié le tremplin que fut pour lui le festival Turbulences de Strasbourg, Olivier Py, devenu directeur du Théâtre de L’Odéon, renvoie l’ascenseur. En effet, dans le droit fil d’un projet artistique qui fait de la scène un lieu de confrontation et de partage, Impatience a pour objectif d’être le coup de projecteur qui permettra à de jeunes compagnies, au printemps de leur existence, de se faire connaître et reconnaître aussi bien du public que des professionnels qui devront au final décerner un prix au meilleur spectacle.(1)
Qu’il s’agisse d’une première ou d’une deuxième mise en scène, les sept spectacles proposés, « ne sont ni des mises en espace, ni ces brouillons qu’on nomme maquettes, mais des œuvres abouties capables de passer la rampe de ces grands plateaux que sont ceux de L’Odéon ou de la salle Berthier » explique Agnès Troly, directrice de la programmation, qui, dit-elle, en sillonnant l’Hexagone a constaté que « de plus en plus de femmes prennent les rênes de la création ». En témoignent les spectacles à l’affiche d’Impatience qui ne prétend pas proposer un état des lieux exhaustif du jeune théâtre d’aujourd’hui, mais témoigner de sa vitalité et de sa diversité.

Une mosaïque des genres

Ceux pour qui les cloisons se doivent d’être étanches seront sans doute surpris que le coup d’envoi soit donné avec Toâ de Sacha Guitry. Et pourquoi pas puisque la Compagnie La Piccola Familia en s’appropriant un auteur au « moâ » surdimensionné, le décape sans en ôter le scintillant et prouve déjà une singulière maîtrise de tous les arts de la scène.
A l’autre bout du répertoire et pour donner raison à Antoine Vitez pour qui on peut faire théâtre de tout, Foucault 71 épisode 0 par un collectif de cinq femmes qui ont puisé dans les écrits de Michel Foucault en se concentrant autour d’évènements qui suscitèrent, en I971, l’engagement du philosophe. Le spectacle, qui déjoue en finesse tous les pièges, ceux de la philosophie en costumes comme ceux du théâtre documentaire à travers « le portrait du militantisme de l’après mai 68, nous invite à réfléchir sur notre propre questionnement de la société.

Des choix revendiqués

Entre ces deux extrêmes, Impatience tient « l’équilibre entre classiques et textes contemporains » avec Henri VI de Shakespeare par la Cie Machine Théâtre, Macbeth (Inquiétudes) d’après Shakespeare, Heiner Müller, Ismaël Kadaré par la Cie des Hommes Approximatifs, L’Enfant meurtrier de Lazare Herson-Macarel par la Compagnie de la Jeunesse aimable, Ursule de Howard Barker par la troupe du Zieu dans le Bleu et A petites pierres de Gustave Akakpo par la Cie l’Antre du monstre. Bien que déjà programmé au Tarmac de la Villette la saison dernière, l’équipe du Théâtre de l’Odéon, particulièrement attentive à l’écriture du Togolais Gustave Akakpo « n’a pas voulu se priver de défendre une équipe un peu plus connue mais dont le coup de pouce peut être décisif pour élargir le cercle de la reconnaissance ».Et c’est tant mieux. Avec A Petites pierres, Gustave Akakpo, en qui on voit volontiers un Molière togolais, a choisi le ton de la comédie pour raconter la plus effroyable et la plus glaçante des histoires d’aujourd’hui : la lapidation d’une femme au Nigeria. Par la force de la langue et les armes ludiques du théâtre de tréteaux, l’équipe réconcilie le rire et la réflexion.
Aussi sensible à l’écriture d’un auteur qu’au travail scénique d’un collectif d’artistes, l’équipe du Théâtre de l’Odéon, après avoir sillonné la province pendant des mois, nous propose le résultat de sa quête. Elle revendique et assume ses choix qu’elle veut comme autant d’appels à la curiosité et à la découverte.

Impatience du 5 au 16 mai. Au théâtre de l’Odéon et salle Berthier tel 01 44 85 40 40
(1) les spectateurs qui veulent être membres du jury doivent être détenteurs d’un laisser passer et avoir vu tous les spectacles.

Photo 1. Toâ crédit photo : Nicolas Jooubard.

Photo 2. Foucault 71 épisode 0, crédit photo : Gérard Nicolas

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre Aujourd’hui....

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