Reims, Vichy, Avignon, Massy... en tournée jusqu’en 2011
Il Viaggio a Reims - Le Voyage à Reims de Gioacchino Rossini
Des jeunes talents font voyager Rossini, l’Européen
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- 12 novembre 2008
- Critiques
- Opéra & Classique
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Rien ne pouvait mieux convenir au Rossini du Voyage à Reims qu’un grand voyage. Le Centre Français de Promotion Lyrique (CFPL), association née en 1970 dirigée par Raymond Duffaut qui regroupe les principaux directeurs des Opéras de France, a eu la bonne idée de rassembler un essaim de jeunes talents lyriques dans la production de ce savoureux opéra trop rarement joué.
Seize maisons d’opéras françaises ainsi que le Festival hongrois de Szeged se sont alliés pour promouvoir cette réalisation d’un type inédit comprenant une double distribution ainsi que deux chefs chargés de diriger les orchestres des différents lieux d’accueil. Les interprètes furent choisis sur concours : sur 453 candidats issus de 20 pays, 30 furent retenus pour camper en alternance les 13 rôles principaux et les 6 rôles secondaires de ce singulier ouvrage, offrant à chacun d’eux des numéros de bravoure et de virtuosité. Ce qui constitue à la fois un atout et un handicap qui explique en partie la rareté de ses représentations.
Un « dramma giocoso » en neuf numéros
L’œuvre ne ressemble à aucune autre : créée en 1825 au Théâtre Italien de Paris quand Rossini était au sommet de sa gloire, elle émane d’une commande pour célébrer le sacre à Reims de Charles X. Il en fait un « dramma giocoso », en neuf numéros s’apparentant autant au style des cantates qu’à l’opéra proprement dit. Un livret réduit à trois fois rien, une série de défis vocaux relevant parfois de véritables acrobaties, ce Viaggio à Reims rangea ses bagages au bout de cinq représentations et tomba dans l’oubli jusqu’aux années 1970/80. En 1984, Claudio Abbado le remit en selle durant le Festival Rossini de Pesaro dans une mise en scène de Luca Ronconi qui fit le tour du monde pendant plus de vingt ans (voir webthea du 2 novembre 2005).
La production nomade du CFPL commença, comme il se doit, à Reims, début octobre. Avignon et Vichy suivirent avant une halte de deux jours à Massy où elle remporta à nouveau un succès mérité. Luciano Acocella, l’un des deux maestros désignés, dirigea avec finesse et esprit l’Orchestre National d’Ile de France tout en suivant à la trace les respirations des jeunes solistes. La mise en scène allègre et pleine de trouvailles de Nicola Berloffa,, 28 ans, s’inscrivait avec naturel sur le plateau tournant du théâtre-opéra qu’anime Jack-Henri Soumère. Les décors astucieux de Guia Buzzi transforment l’auberge en hôtel trois étoiles de catégorie thalasso avec salle de massage, piscine et tutti quanti.
Avant la lettre, avant l’esprit, un hymne à l’Europe
Il faut une sacrée imagination pour donner vie à l’absence d’intrigue et d’action du livret : l’attente improbable dans une auberge de Plombières d’un groupe de touristes en partance pour Reims où ils espèrent assister au royal couronnement. C’est avant la lettre, avant l’esprit un hymne à l’Europe : Rossini précurseur joyeux y convoque une poétesse romaine, une marquise tyrolienne, une comtesse parisienne, une veuve polonaise, deux officiers français, un général russe, un colonel britannique, un major allemand, un grand d’Espagne, une orpheline grecque… Un chassé croisé d’amourettes serti de duos, trios, et sextuors divers aboutira à un chapelet d’odes patriotiques, du « Deutschland über alles « au « God save the King », pour finir en feu d’artifice sur un final à quatorze voix.
La troupe manifestement prend plaisir à jouer le jeu des vocalises dont Rossini fut l’expert patenté. Elle y met tant de fougue et tant de foi qu’on en oublie les notes égarées ou savonnées par-ci par-là, la grâce et l’humour l’emporte et l’on retient les belles promesses de la soprano coréenne Hye Myung Kang en poétesse aux aigus filés, le charme délié de la grecque Kleopatra Nasiou en patronne d’hôtel yodlant quelques tyroliennes, l’aplomb du ténor James Elliot séducteur en maillot de bain des années folles, la maturité et la belle présence du baryton mexicain Gerardo Garvaciano… Toutes et tous ont ce petit quelque chose qui permet d’aller loin et qui s’appelle la ferveur.
Il Viaggio a Reims – le Voyage à Reims de Gioacchino Rossini, livret de Luigi Balocchi d’après madame de Staël. Une production du Centre Français de Promotion Lyrique, chœur de l’Opéra Théâtre d’Avignon et des Pays du Vaucluse, orchestres dirigés en alternance par Luciano Acocella et Roberto Veses, mise en scène Nicola Berloffa, décors et costumes Guia Buzzi, lumières Valerio Tiberi. Double distribution en alternance.
Crédit photos : Opéra de Massy
En tournée :
Opéra National de Montpellier : 24 & 28 décembre, 2,4,6 janvier 2009
Centre Lyrique d’Auvergne de Clermont Ferrand : le 10 janvier
Opéra de Tours : les 13 & 15 février
Opéra-Théâtre de Metz : les 5,7 & 9 juin
Opéra National de Nancy : les 4,6,7,8,9 & 10 octobre
Opéra de Toulon : les 6 & 8 novembre
Opéra de Nice : les 27 & 29 novembre
Opéra-Théâtre de Saint Etienne : les 27, 29 & 31 janvier 2010
Théâtre du Capitole de Toulouse : les 19,20,21,23 & 24 février
Opéra de Marseille : les 11,12,13 & 14 mars
Opéra National de Bordeaux : les 26,28,29& & 30 mars
Et en mars 2011 : Opera Festival Competition de Szeged en Hongrie





