Opéra National de Paris – Bastille jusqu’au 27 octobre 2010
Il Trittico/Le Triptyque de Giacomo Puccini
Orchestre en fête et voix superbes sauvent la fausse "trilogie" du maître vériste
- Publié par
- 8 octobre 2010
- Critiques
- Opéra & Classique
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De toutes les œuvres de Puccini (1858-1924), les Tosca, Madame Butterfly ou autre Bohème, l’avant dernier de ses opéras, Il Trittico/Le Triptyque, est celui que l’on voit le plus rarement. Et pour cause ! Artificiellement confectionnée à partir de trois livrets sans lien commun – si ce n’est les thèmes de la mort et de l’amour, mais ceux-là sont de toutes les œuvres et de tous les temps – elle distille une lassitude à la fois musicale et théâtrale que seul son troisième volet – Gianni Schicchi – sauve du naufrage.
A tout cela s’ajoute la difficulté de réunir une dsitribution pour une trentaine de personnages.
La production invitée par l’Opéra National de Paris a beau venir de la Scala de Milan et son metteur en scène Luca Ronconi, compter parmi les plus talentueux Italiens de la deuxième moitié du siècle que nous venons de quitter, rien n’y fait. Comme la péniche du premier acte Il Tabarro, le spectacle échoue lourdement.
Triptyque et non trilogie : le terme est de peinture et non de texte ou de musique. Trois tableaux donc pour trois histoires orphelines, en noir, gris et blanc, en pastels saint sulpicien, en rouge sang des décors de Margherita Palli. Une sorte de bulle ou de nuage fait le joint : au-delà de la passerelle qui met la péniche à quai, dans l’azur saint sulpicien d’une vierge avec enfant surplombant la sculpture d’une autre vierge, géante, écroulée au sol, sur l’image enfin d’une Florence en ombres de dômes pointus.
Intérêt mineur, musique sirupeuse
Il Tabarro/La Houppelande d’après une pièce de théâtre de Didier Gold mise en livret par Giuseppe Adami, se résume en un sombre mélo autour du triangle classique, le mari, la femme et l’amant. Ici l’amant n’a pas encore consommé mais le mari, jaloux sur un soupçon, l’étrangle… Intérêt mineur porté par une musique plutôt sirupeuse sans grande inspiration. Celle-ci prend son élan dans Suor Angelica, un acte tragique exclusivement peuplé de femmes. Cloîtrée dans un couvent la pauvre Angélique y expie l’impardonnable péché d’avoir mis au monde un enfant hors mariage. Quelques très beaux airs compensent les poncifs du sujet et les chanteuses réunies pour les défendre réussissent à en faire des instants d’émotion, la tendre Amel Brahim-Djelloul, l’altière Luciana d’Intino, mezzo de grande classe en chant et en jeu, et, dans le rôle titre, la soprano géorgienne Tamar Iveri au timbre velouté qui ferait fondre le coeur le plus endurci. L’idée de l’enfant venant lui prendre la main pour l’emmener au paradis est la seule jolie trouvaille de la mise en scène.
Gianni Schicchi enfin où Puccini délaissant ses procédés tire-larmes se tourne pour la première fois vers la farce. La lecture d’un court passage de la Divine Comédie de Dante (l’Enfer) lui en fournit l’idée. Tout se passe autour du cadavre d’un riche Florentin que sa famille et autres proches pleurent en espérant devenir les gagnants du loto testamentaire du cher disparu. Macabre découverte : il avait décidé de tout léguer à l’Eglise… Seul Gianni Schicchi, marchand malin de la ville peut renverser la situation. Moyennant quelques tours de passe-passe pas très catholiques, où les arroseurs se trouvent arrosés et leur manipulateur enrichi. Humour noir et cynisme forment une toile de fond bien grinçante : c’est vif et drôle. Gianni Schicchi est un petit bijou souvent monté indépendamment des deux autres titres du triptyque.
Des belles voix en marque de fabrique
Marque de fabrique ès Nicolas Joël, patron de l’Opéra National de Paris, les voix sont belles, même si celles de certains premiers rôles comme celle de Juan Pons qui chante et joue à la fois le marinier de Il Tabarro et le rusé marchand florentin Gianni Schicchi, a subi l’usure du temps. Une poignée de jeunes est à découvrir : l’Ukrainienne Oksana Dyka, sensuelle Giorgetta de’Il Tabarro, Saimir Pirgu, jeune premier tout feu tout flamme venu d’Albanie pour prendre au vol le rôle de Rinuccio dans Gianni Schicchi, Marta Moretto, mezzo italienne, Marie-Noëlle Vidal, soprano française, Christian Helmer baryton-basse français…Et les timbres déjà familiers comme ceux de Marco Berto, ténor énergique qui tient largement ses promesses ou de l’inoxydable Alain Vernhes. Au total : vingt deux chanteurs solistes pour une trentaine de personnages… Produire ce Triptyque dans son intégralité tient aussi à ce enjeu, artistique et écoçnomique…
On peut oublier la quasi absence d’éclairages et de mise en scène, prima la musica : le jeune chef Philippe Jordan, directeur musical de la maison, aime manifestement cette musique et la fait aimer, dosant finement les subtilités pucciniennes, son sens des atmosphères, ses élans mystiques, ses envolées enjouées.
Il Trittico/Le Triptyque de Giacomo Puccini, orchestre et chœur de l’Opéra National de Pairs, direction Philippe Jordan, mise en scène de Luca Ronconi, décors Margherita Palli, costumes Silvia Aymonino. Avec Juan Pons, Marco Berti, Eric Huchet, Mario Luperi, Oksana Dyka, Sylvie Valayre, Marta Moretto,Tamar Iveri, Luciana D’Intino, Barbara Morihen, Marie-Noëlle Vidal, Marie-Thérèse Keller, Amel Brahim-Djelloul, Claudia Galli, Cornelia Oncioiu , Ekaterina Syurina, Juan Francisco Gatell, Alain Vernhes, Mario Luperi, Roberto Accurso, Yuri Kissin, Christina Helmer, Ugo Rabec .
Opéra National de Paris – Bastille, les 4, 7, 12, 14, 16, 19, 21, 25, 27 octobre à 19h, le 10 à 14h30
08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 - www.operadeparis.fr




