Liège - Palais Opéra jusqu’au 7 février 2010
I Capuleti e i Montecchi de Vincenzo Bellini
Patrizia Ciofi, l’oiseau rare qui sauve Bellini
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- 2 février 2010
- Critiques
- Opéra & Classique
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Trois Bellini en moins de deux semaines, sans anniversaire, ni jubilé ou commémoration, ce type de coïncidence fleurit parfois sur nos scènes de théâtre ou d’opéra sans que l’on sache pourquoi. Norma au Châtelet, La Somnambule à Bastille et, depuis quelques jours, les Capulet et Montaigu - I Capuleti e i Montecchi à l’ORW - Opéra Royal de Wallonie – de Liège. Pour ces deux dernières productions on trouvera une raison majeure au pays de l’art lyrique, celle d’avoir trouvé les interprètes idéales pour en camper les héroïnes. Voix, présence, charisme, Natalie Dessay/Amina la dormeuse errante à Paris et Patrizia Ciofi/Juliette sacrifiée à Liège incarnent si bien leurs personnages qu’on imagine sans peine que c’est pour elles seules que ces spectacles ont été programmés.
Replié pour cause de travaux à la maison mère sous un chapiteau transformé en « palais » musical, l’ORW y présente ses productions contre vents, frimas et pin-pons de pompiers ou d’ambulanciers traversant le boulevard de la Constitution où il a amarré son vaisseau de toiles. Après Falstaff de Verdi et Ruggero Raimondi en tête d’affiche (voirwebthea du 22 novembre 2009) voici donc la suite de la saison italienne du patron Stefano Mazonis Pralafera avec ces Capuletti et i Montecchi que Bellini et son inséparable librettiste Felice Romani tirèrent du chef d’œuvre de Shakespeare. Adaptation, raccourci ou concentré à la Readers Digest ? Toujours est-il que les actions ont été balayées puis ramassées en deux actes quasi statiques et que, de la foule de personnages shakespeariens il ne reste que cinq protagonistes, le couple, frère Laurent/Lorenzo, Tebaldo, le fiancé forcé et Capulet, le père de Juliette. Cinq solistes en quelque sorte auxquels Bellini dédia des mélodies taillées sur mesure et démesure, les sublimes arias de Juliette, celles de Roméo et leurs magnifiques duos. Est ce pour autant un grand opéra ? Certainement pas le meilleur du maître du bel canto.
Entre Italiens comme en famille
A Liège pour servir Bellini, le maître de maison a voulu rester entre Italiens, comme en famille pour ainsi dire, avec un chef italien, des chanteurs italiens, des décors italiens. Dans la fosse le maestro Luciano Acocella est dans la vie le mari de Patrizia Ciofi et la mise en scène est signée Maria Cristina Mazzavillani épouse du maestro Ricardo Muti.
A défaut de pouvoir opérer des changements de vrais décors sous un chapiteau privé de cintres et de dégagements, on a recours à la vidéo. Vive le cinéma donc qui se substitue à tout, au ciel, aux étoiles, aux montagnes, châteaux, batailles, saisons…Ezio Antonelli, le décorateur en use et en abuse à l’aide d’une série d’écrans rectangulaires qui montent, descendent, se superposent et de deux praticables en forme d’escaliers qui apparaissent et disparaissent à cour et à jardin. C’est le clair-obscur, le jeu des ombres chinoises et l’hommage en images des grands maîtres italiens de la peinture. Ça bouge tout le temps, ça bouge trop, les ensembles sont éclairés, les visages restent dans l’ombre.
Des personnages en poupées de cire
Certains tableaux sont de toute beauté, d’autres assez kitsch, il y a des moments de grâce quand tout se vide subitement autour d’une Giuletta isolée entre deux faisceaux de lumière. La direction d’acteur est quasi inexistante, Maria Cristina Muti, la confine à des poses stéréotypées qui transforment les personnages en poupées de cire. Un statisme qui n’aide guère les chanteurs de facture très moyenne – Maurizio Lo Piccolo/Capellio, Aldo Caputo/Tebaldo, Luciano Montanaro/Lorenzo – et sacrifie carrément la mezzo soprano Laura Polverelli qui tente vainement de rendre crédible son Roméo, un rôle pour lequel, cette interprète de qualité n’a ni la tessiture, ni l’allure, ni le jeu.
Patrizia Ciofi, heureusement lui vient en aide si bien que leurs duos atteignent des degrés de magnifique intensité. Et quand elle chante seule, la Ciofi, au premier acte comme au final du dernier, elle déploie une palette de couleurs qui caressent, séduisent, incendient… Elle est une soprano colorature authentique comme il y en a peu et elle est comédienne sensible par dessus le marché. Un oiseau rare.
Les frémissements d’un romantisme de feu
Elle sauve ce spectacle coloré mais inabouti, tout comme Luciano Acocella qui, dans cette fosse étirée qui n’en est pas une, dans cette acoustique de cirque où l’espace sonore est souvent partagé avec celui de la rue, de ses battues à la fois économes et attentives réussit à obtenir de l’Orchestre de l’ORW, les frémissements d’un romantisme de feu où pleurent les clarinettes et dansent les violons.
I Capuletti e i Montecchi de Vincenzo Bellini, livret de Felice Romano d’après Roméo et Juliette de Shakespeare. Orchestre et chœurs de l’Opéra Royal de Liège, direction Luciano Acocella, mise en scène Maria Cristina Mazzavillani Muti, décors Ezio Antonelli, costumes Alessandro Lai, lumières Vincent Longuemare, chef des chœurs Marcel Seminara. Avec Patrizia Ciofi, Laura Polverelli, Aldo Caputo, Luciano Montanaro, Maurizio Lo Piccolo.
Liège – Palais Opéra, les 26, 28, 31 janvier, 2, 5, 7 février 2010
+32 (0)4 221 47 22 – www.operaliege.be
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