Bruxelles - La Monnaie du 22 janvier au 7 février - Amsterdam Stadsschouwburg du 16 au 23 février 2008

Giulio Cesare in Egitto - Jules César en Egypte de Georg Friedrich Haendel

Poésie et fantaisie au service du plus pur baroque

Giulio Cesare in Egitto - Jules César en Egypte de Georg Friedrich Haendel

Ce Giulio Cesare in Eggito - Jules César en Egypte qui ouvre l’année 2008 à La Monnaie de Bruxelles fait partie de ces spectacles rares qui tracent des ondes dans les mémoires et ne vieillissent pas. C’est l’opéra le plus joué du très prolifique Haendel qui en composa une quarantaine et l’on a pu ces dernières années le voir et le revoir dans toutes les formes et sous toutes les couleurs. L’américain Peter Sellars fut le premier, il y a près de vingt ans, à le remettre en selle dans un irrésistible rafraîchissement hollywoodien qui fit école. On ne compte plus depuis les transpositions tous azimuts via le cinéma ou la politique avec quelques réussites et pas mal de flops sur l’air de n’importe quoi.

C’est ce qui différencie radicalement le point de vue du couple Karl-Ernst et Ursel Herrmann, metteurs en scène et décorateur de la version présentée à La Monnaie de Bruxelles. Présentée en 2001 à l’Opéra d’Amsterdam, revisitée sept ans plus tard pour La Monnaie, leur vision reste un délice de fantaisie poétique. Avec eux les rives du Nil sont métamorphosées en labyrinthes de roseaux frémissants qui escamotent les personnages ou les font surgir comme lapins d’un chapeau de magicien. Tout est blanc et noir avec ici ou là les taches rouges du sang versé. Les jeux du pouvoir et de la séduction s’y déroulent au trot ludique des vocalises. De l’humour et du rêve, un brin de dérision met en féerie cet opera seria qui commence et s’achève sur une décapitation. La mort omniprésente glisse dans les airs sa faux à la main, des chars volants et des drôles de chapeau, des parasols baladeurs et des batailles d’éventails, tout est mis en œuvre pour traverser les miroirs des songes …

Toutes les arias da capo exécutées intégralement

Dans le parti pris de stricte fidélité du maestro René Jacobs à la tête du Freiburger Barockorchester ces allègements ne sont pas superflus. La version originale du cinquième opus lyrique (1723-1724) de Haendel est respectée à la lettre, toutes les arias da capo (répétées à nouveau) y sont exécutées intégralement à l’exception de quelques discrètes coupures concédées dans les récitatifs. A l’arrivée plus de trois heures et trente minutes de marathon musical qui se laisse voir, revoir, entendre et réentendre sans une seconde d’ennui. Car les deux distributions à l’affiche méritent chacune le déplacement.

Danielle De Niese, Sandrine Piau : la belle Cléopâtre a l’embarras du choix

Le rôle titre balance entre la tessiture du contre ténor américain Lawrence Zazzo et celle de la contralto serbe Marijana Mijanovic. Si le timbre de cette dernière a d’incontestables qualités de chaleur et de couleurs, elle manque cependant d’ampleur et de projection. Avec ses déhanchements de style rouleur de mécaniques elle incarne le travesti par excellence. Ce qui de toute évidence n’est pas le cas du haute contre, homme à part entière mais doté d’une voix aux aigus de soprano. Celle de Zazzo est toute force et tout velours, il chante avec esprit et joue avec grâce. La belle Cléopâtre a l’embarras du choix : même si la très sensuelle Danielle De Niese, sexy à mettre en péché mortel tous les adeptes de la chasteté, tient la vedette médiatique de la production, Sandrine Piau ne démérite en rien de sa rivale, ni par l’allure, ni par le chant. Toutes deux sont parfaites comédiennes et danseuses à l’occasion sachant faire parler leurs corps, toutes deux connaissent l’art des broderies vocales qui ornementent les arias haendéliennes. L’Américaine est plus pulpeuse, la Française plus délurée, la première est chatte ravageuse, la seconde souris finaude. Toutes deux séductrices manipulant les hommes et les contre fa avec le même brio.

Sesto remplacé au pied levé par un duo inattendu

De Cornelia Charlotte Hellekant a l’élégance aristocratique et Christianne Stotijn le pathétique.
Aléas récurrents des fines distributions vocales : certains soirs, l’un ou l’autre des interprètes déclare forfait pour raisons de santé. Ainsi, deux fois à la suite, Brian Asawa s’acquitta avec la même énergie du rôle de Tolomeo alors que celui de Sesto, d’abord incarné en gamin ombrageux par Monica Bacelli, fut le lendemain carrément laissé vacant et remplacé au pied levé par une duo inattendu : sur scène, Rogier Hardeman, l’assistant des Hermann, mimant un Sesto muet, et, dans la fosse, la mezzo suédoise Malena Ernman, le chantant, tout simplement sublime de justesse et d’émotion…

Dominique Visse une fois de plus impayable de drolerie musicale

Dans les rôles à distribution fixe Luca Pisaroni incarne sans faille vocale ni de prestance un Achille roublard et malheureux, Lionel Lhote un solide Curio et Dominique Visse, une fois de plus, impayable de drolerie musicale en Nireno, suivante/nounou sur le qui vive, toujours aux petits soins de sa royale maîtresse.

Dans la fosse traditionnellement surélevée des baroqueux, et parfois sur scène, les instrumentistes du Freiburger Barockorchester, du théorbe au positif, des clavecins à la harpe, aux bassons, à la viole et jusqu’au duo de violons qui dialoguent malicieusement avec César, tous sans exception font corps, esprit, et cadence avec René Jacobs.

Ici, les yeux et les oreilles sont à la fête.

Giulio Cesare in Eggito de Goerg Friedrich Haendel, livret de Nicola Francesco Haym, Freiburger Barockorchester, direction René Jacobs, mise en scène Karl-Ernst et Ursel Herrmann, décors, costumes, éclairages Karl-Ernst Hermann. Avec, en alternance, Lawrence Zazzo/Marijana Mijanovic, Danielle De Niese/Sandrine Piau, Tania Kross/Brian Asawa, Christianne Stotijn/Charlotte Hellekant, Anna Bonitatibus/Monica Bacelli. Et Luca Pisaroni, Dominique Visse, Lionel Lhote.

Bruxelles – La Monnaie, les 20,22,32,25,26,29,30 & 31 janvier, 1,5,6 & 7 février 2008 à 19h – les 27 janvier et 3 février à 15h - + 32 (0) 70 233 939 – www.lamonnaie.be

Amsterdam – Stadsschouwburg - les 16,19,20,22 & 23 février à 19h, le 17 à 15h - + 31 20 624 311 – www.stadsschouwburgamsterdam.nl

Copyright photos : Bernd Uhlig

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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