La Resurrezione de Handel à la cathédrale de Luçon le 25 avril
George Frideric Handel ou l’artisan flamboyant
Le 9e Festival de Printemps des Arts Florissants s’inaugure sur un mode éclatant.
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- 30 avril 2025
- Critiques
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AVEC POUR THÉMATIQUE « Promenades sacrées - George Frideric Handel », le neuvième Festival de Printemps des Arts Florissants (qui se consacrait l’an dernier à la figure de Monteverdi) ouvrait cette année au visiteur de nouveaux champs esthétiques. Trois grands concerts du soir et deux moments conviviaux intitulés « Concert & Café » permettaient, au long de trois journées très denses, de s’immerger dans l’univers d’un musicien aussi à l’aise dans l’oratorio que dans des formes sacrées plus modestes, et capable de la même invention dans ses pièces de musique de chambre et ses œuvres orchestrales. Quel que soit le compositeur à l’honneur pour ces séquences de trois jours, maintenant familières au public vendéen comme à celui qui vient de loin pour y assister, c’est ce défi que relèvent toujours les Arts Florissants : donner à découvrir ou redécouvrir les visages les plus éclatants d’un artiste de l’ère baroque, mais aussi les répertoires plus rares dans sa production. Comme s’il s’agissait à chaque fois de s’attacher à saisir, dans la profusion créative d’une personnalité, les œuvres dont la valeur va de soi et celles dont la substance ne se révèle que pas à pas, concert après concert... Et de le partager avec le public dans une fascinante générosité. Assister aux cinq concerts de ce festival dans les plus belles églises du sud de la Vendée est en effet une expérience d’ordre initiatique.
Un tourbillon d’éloquence
Qui connaît plutôt le Handel tardif du Messie ou d’Israël en Égypte (oratorios en langue anglaise) s’émerveille dès le premier soir de découvrir le Handel juvénile qui compose, à l’âge de vingt-trois ans, cet oratorio en langue italienne qu’est La Resurrezione. D’abord parce que, malgré la forme toujours un peu prévisible pour le mélomane qu’est l’alternance de récitatifs et d’arias da capo, l’œuvre est d’une telle invention mélodique, instrumentale, harmonique, que l’auditeur se voit emporté dès l’introduction orchestrale dans un tourbillon d’éloquence et de moments musicaux d’une force extraordinaire. Ensuite parce que l’apparition du « personnage » de Lucifer, en dialogue avec celui de l’Ange, et la séduisante mise en espace qui accompagne leurs premières interventions dans la Cathédrale de Luçon (pleine à craquer le 25 avril pour ce concert très attendu) saisissent d’emblée l’auditeur par une écriture musicale toute en rythmes implacables et en dissonances harmoniques (pour évoquer le Mal)...
Au long de ces quelque deux heures de musique, mettant en présence trois personnages bien connus des Évangiles (Marie-Madeleine, Marie de Cléophas et saint Jean) auxquels s’associent Lucifer et l’Ange, le compositeur parcourt tout l’éventail des expressions vocales et instrumentales possibles. Des figures circulaires qui accompagnent les imprécations de Lucifer (et que Paul Agnew dirige de façon très inspirée, comme une espèce de « roue du mal » tournant sans fin) aux moments de nudité instrumentale (viole de gambe solo pour accompagner un air de Saint-Jean), en passant par le tumulte quasi expressionniste qui marque l’air de Marie de Cléophas (« Naufragando va per l’onde ») : tout cela est d’un très grand artiste.
Profération ironique
Pour interpréter cette œuvre d’exception, tous les acteurs de la production sont remarquables. Julie Roset est un Ange tout en éclat et en humour ; juchée dans l’une des chaires qui dominent l’assemblée, l’artiste fait de son chant le lieu d’une sorte de profération ironique, comme certaine de vaincre le Diable. Voix somptueuse et souple, de même que celles d’Ana Vieira Leite (Marie-Madeleine) et de Lucile Richardot (Marie de Cléophas). Excellents chanteurs et comédiens, Cyril Auvity (saint Jean) et Christopher Purves (Lucifer) se joignent à elle pour dérouler, sous la direction précise mais passionnelle de Paul Agnew, tous les épisodes de cet oratorio.
Photo : Julie Roset (crédit : Julien Gazeau)
George Frideric Handel : La Resurrezione. Avec Ana Vieira Leite (Marie-Madeleine), Julie Roset (l’Ange), Lucile Richardot (Marie de Cléophas), Cyril Auvity (saint Jean), Christopher Purves (Lucifer), Orchestre des Arts Florissants, dir. Paul Agnew. Cathédrale de Luçon, le 25 avril.



