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Critiques / Festival

Gargarin Way

par Marie-Laure Atinault

Quatre hommes en orbite pour un atterrissage forcément décalé !

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La nuit dans une usine aux fins fonds de l’Écosse. Le jeune Tom est dévoré de curiosité, que peut bien manigancer Eddie et Gary. Ils lui ont donné un paquet de pognon pour ouvrir la porte de l’usine en pleine nuit. A quel trafic peuvent-ils bien se livrer ? Tom est vigile la nuit dans cette usine pour payer ses études. Sa conversation avec Eddie fut déroutante. Sacré Eddie, un avis sur tout, il peut vous parler de Sartre, de façon radicale, et vous parler de politique. Arrive Gary et son chargement qu’il pousse dans un caddie, ce n’est pas de la drogue, ce n’est pas de la hi fi, c’est un dirigeant de la multi nationale qui a racheté l’usine !
Il y a de la revendication dans l’air. Gary est un ancien communiste, un militant de gauche qui s’est battu pour ses idées. Il sait qu’à son âge il ne retrouvera pas du travail. Eddie a une conception de l’enlèvement assez différente. C’est un charmeur qui profite de l’instant présent, boire une bière au pub en draguant une fille, est la base de son militantisme. Le PDG se réveille, Gary n’a pas enlevé le bon ! Il s’appelle Franck Van De Hoy. C’est un malin, un négociateur, un enjôleur. Franck n’a aucune illusion, il est froid, lucide. Entre les quatre hommes s’engagent un vrai débat sur le monde, la politique, la société et la mondialisation. L’issu de cet enlèvement qui commence comme un sketch de Benny Hill glisse imperceptiblement dans d’autres registres.

Des répercussions de la chute du mur sur les travailleurs écossais.

La crise, le manque d’engagement, le désabusement politique, la pièce de Gregory Burke parle de tout cela sur un ton qui mêle la comédie au social le plus grinçant. Le théâtre est d’ailleurs le lieu le plus approprié pour parler de politique puisque les dirigeants des partis politiques (quel qu’il soit) n’arrivent plus à convaincre et perdent de plus en plus leur crédibilité. La compagnie Les Voyageurs de Pierre Foviau est de celle que l’on suit avec attention, son travail ne va jamais sur les routes de la facilité toute tracée, prenant des risques. Le titre Gagarin Way est expliqué par Gary le militant un peu perdu dans ce monde sans repère, le XX siècle a vu l’émergence d’un parti communiste fort, avec la toute puissante U.R.S.S « paradis des ouvriers » capable d’envoyer dans les airs le premier homme Youri Gagarine. La chute du mur, la fin de l’ U.R.S.S qui s’ouvre au capitalisme sauvage c’est trop pour Gary qui est nostalgique des grands combats populaires. Le décor nous plonge d’emblée dans l’usine. Les costumes sont des clins d’œil au cinéma, un poil de Ken Loach, un peu de Stephen Frears, une bonne dose de Tarantino, ils donnent une identité, une épaisseur, induisant leur mouvements. Tous les éléments scéniques sont réglés, la lumière, la bande sonore, pour nous projeter dans cet univers.
Alain D’ Haeyer (Gary) donne une part de candeur et de rêve à ce laisser pour compte du syndicalisme, en face de lui Nicolas Postillon joue un Eddie qui semble sortir de Reservoir Dogs. Il a l’œil qui pétille, une démarche à la De Niro sans jamais faire une imitation du grand Bob, il est comme un cousin de l’acteur fétiche de Scorcèse, Nicolas Postillon sait en un regard faire basculer son personnage et le huis clos pour quatre hommes et un caddie devient angoissant. Gérald Izing est un jeune comédien qui donne à Tom, l’étudiant vigile, ce mélange d’incertitude et de désabusement des jeunes générations pour qui le futur est un concept un peu aléatoire, il est le témoin d’un thriller qui lui échappe car lui n’a pas de conviction. Hervé Furic a repris en quelques jours le rôle de Franck, Jean-Pierre Duthoit a eu un accident. Hervé Furic a accepté de se mettre dans les traces de jeu, de suivre les respirations de ses partenaires. Magnifique travail puisque ceux qui ne connaissent pas ces péripéties sont tout simplement impressionnés par son jeu et, par sa composition en force désabusée et contenu de cet otage plus fort que ses ravisseurs.
Gagarin Way est une grande réussite, ce huis clos qui monte en puissance du rire le plus grinçant au drame laisse scotcher les spectateurs.

Gargarin Way de Gregory Burke, texte français de Dominique Hollier. Mise en scène de Pierre Foviau, avec Alain D’Haeyer, Hervé Furic, Gérald Izing, Nicolas Postillon
Festival Off Avignon jusqu’au 31 Juillet
Présence Pasteur, 1 rue du pont Trouca Tél : 04 32 74 18 54

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