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Critiques / Opéra & Classique

GIULIO CESARE IN EGITTO de G. F. Haendel

par Caroline Alexander

DE BELLES VOIX AU SERVICE D’ENFANTILLAGES

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Ce cinquième grand opéra de Georg Friedrich Haendel est aussi le plus joué de toute sa très prolifique production : Giulio Cesare in Egitto-Jules César en Egypte et ses amours avec la belle Cléopâtre occupent régulièrement les scènes des maisons d’opéras de par le monde. D’ailleurs, dès sa création en 1724 son succès fut immédiat. Il est vrai qu’il a tout pour plaire, cet opéra, avec son histoire romancée tirée de l’Histoire vraie de la conquête d’Egypte par les Romains, son livret théâtral et surtout sa musique aux arias fabuleux qui confèrent à chacun des principaux personnage le statut de premier rôle.

Un vrai péché de sottise

Il y a belle lurette qu’on ne représente plus ce Giulio Cesare en péplum et toges à l’antique, ni même avec les attributs du XVIIIème siècle de son compositeur. Depuis l’aube des années 90 et la vogue des baroqueux on a vu défiler les partis pris les plus irrévérencieux où la saga des bords du Nil enjambait gaiement les siècles, celles de Peter Sellars, Nicholas Hytner ou David
Mc Vicar, récemment à Glyndebourne, faisant références de réussites. Irina Brook leur succède avec, c’est le moins qu’on puisse dire, infiniment moins de bonheur. La fille du grand Peter Brook qu’on avait connue fine mouche dans Eugène Onéguine, malicieuse pour La Cenerentola et subtilement inspirée dans de nombreuses mises en scène de théâtre, s’est, cette fois, complètement fourvoyée. Un vrai péché de sottise qui balance le pauvre Haendel et ses héros entre Bécassine, Les Pieds Nickelés, Tintin au Pays de l’Or Noir ou une soirée de mardi gras au Club Méditerranée...Du kitsch à la Jérôme Savary, mais sans Savary et sans saveur avec des gags pour maternelles en panne, pas drôles du tout. Cléopâtre en poupée Barbie dansant la danse du ventre, Ptolémée en marionnette hystérique engendrent un total ennui.

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Cleopatra - Tolomeo

Les voix remportent la palme

Reste à fermer les yeux et ouvrir les oreilles, le plaisir musical n’ayant pas, heureusement, manqué son rendez-vous. A la tête de ses « Talens Lyriques » Christophe Rousset aime et connaît bien son Haendel dont il fait davantage jouer la grâce que l’intensité, la sagesse l’emportant sur la prise de risque, peut-être en réaction à la mise en scène. Ce sont les voix qui sauvent la soirée et remportent la palme. Très attendu dans ses huit grands airs le contre-ténor Andreas Scholl lance ses aigus avec une pureté d’eau claire, estompe ses graves dans des gants de velours, reste parfois en deçà de ses possibilités de projection mais, « veni, vidi vici », débarque, séduit et gagne conformément à la légende de son personnage. Mais les femmes nettement dominent une distribution d’une honnête homogénéité : Alice Coote, au timbre fruité, fait de Sextus un jeune homme fragile qui émeut, Sonia Prina, en veuve inconsolée, a du panache et de la classe et la belle Rosemary Joshua, haendélienne rodée déjà applaudie dans Orlando, Aggripina et Semele, confirme ses dons multiples : flexibilité de voix, clarté de timbre et jolis talents d’actrice.

Giulio Cesare in Egitto de Georg Friedrich Haendel, livret de N.F. Haym d’après F. Bussani, orchestre des Talens Lyriques, direction Christophe Rousset, mise en scène Irina Brook, décors Noëlle Ginefri, costumes Sylvie Martin-Hyszka. Avec : Andreas Scholl, Rosemary Joshua, Sonia Prina, Alice Coote, Franco Fagioli, Mario Cassi, Damien Guillon, Roland Delaigue.

Paris : Théâtre des Champs Elysées , les 16,18,20,22 & 24 octobre - 01 49 52 50 50

copyrights photographie : Alvaro Yanez

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