Accueil > Flore Lefebvre des Noëttes

Interviews / Théâtre / Actu

Flore Lefebvre des Noëttes

par Gilles Costaz

L’étonnante chronique de "La Mate" et de "Juliette et les années 70"

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

On connaissait Flore Lefebvre des Noëttes comme actrice. Comme grande actrice dans les spectacles de Bernard Sobel, Stéphane Braunschweig, Guy-Pierre Couleau, Anne-Laue Liégeois. On l’a découverte écrivain, jouant son propre texte, à partir de La Mate, en 2015. La Mate était en fait le début d’une trilogie personnelle, fondée sur sa propre vie et son ancrage familial. La seconde partie, Juliette et les années 70, a été créée en 2017. Flore Lefebvre des Noëttes reprend ces deux parties au théâtre du Rond-Point. Elle créera le troisième volet à la rentrée. Mais ces deux premiers moments sont d’ores et déjà une chronique exceptionnelle d’un destin singulier et d’une France telle qu’on la voit rarement – une France issue de l’aristocratie qui fait face à une histoire aussi glorieuse qu’entachée d’attitudes et d ‘épisodes autocratiques. La liberté de penser est ici utilisée de façon stupéfiante, dans un magnifique bonheur d’interprétation.
Descendante de nobles et de militaires : c’est une caractéristique rare dans le monde artistique.
FLORE LEFEBVRE DES NOËTTES. Non. Beaucoup d’acteurs sont fils de militaire. Vitez disait : « Pour affronter une salle, il faut être guerrier ». Les Des Noëttes sont une famille de gens très entreprenants, du premier Empire à aujourd’hui. Mon père a été le seul de cette lignée de cavaliers-tueurs qui est allé dans le sens de la réparation, de la culpabilité et de la réparation des corps. Médecin, entouré d’hommes remarquables, il a appris l’arabe et, en Algérie, avait la charge, d’un point de vue médical, de 80 000 âmes. Du côté des femmes, il y avait des personnalités remarquables. La famille, qu’on peut dire, en simplifiant, anarchiste de droite, comptait aussi des philosophes et le créateur du CNRS. Le projet d’écrire sur la famille et sur ma vie a trouvé son déclic à la mort de ma mère. J’ai travaillé sur notre histoire avec mes six sœurs, pendant plusieurs années. Puis j’ai écrit très vite, en faisant évoluer les textes sur scène. Cela a donné une trilogie familiale.
La Mate , dont le nom est une déformation du latin mater, est donc la première partie.
Quand on voulait se moquer de nos parents, qui étaient très cultivés et latinistes, on remplaçait « mater » par « la mate » et « pater » par « le pate ». Les pièces se passent beaucoup à Saint-Michel-Chef-Chef, où l’on allait pour les vacances. La figure de la « mate », c’est une femme qui ouvre une boutique à Pornic tout en élevant dix enfants dans les principes de la bourgeoisie catholique. L’enfant que j’étais préfère échapper à ce carcan !
Juliette et les années 70 , c’est la suite, avec un le contexte des changements de société apportés par mai 68.
Mon père est bipolaire. C’est un être merveilleux, mais il est soigné pour cette humeur qui s’inverse sans cesse. Moi, la narratrice, découvre les Pink Floyd, la sexualité, une autre vie.
A chaque fois, vous êtes seule en scène.
Oui, pour ces deux parties. J’ai bénéficié de l’aide essentielle d’Anne Le Guernec, avec qui cela a été un vrai compagnonnage. Pour la dernière partie, Le Pate(r) ou Comment faire vent de la mort entière, que je créerai à la rentrée, nous serons trois.
Vous utilisez quelques accessoires. Il y a tout un jeu avec les objets et l’image.
J’ai toujours peint et dessiné. Je dessine toujours quand je participe à une pièce. Ma voix crée la matière première. Jouer, c’est peindre avec la voix sur un plateau. Je vois cette trilogie comme une anamorphose de l’histoire familiale.
Il y a de la rébellion, de la souffrance dans cette évocation.
Il y a eu de la douleur pendant les répétitions, les premières représentations, mais c’est un texte distancié. Maintenant je m’amuse beaucoup à jouer les marionnettes de ma famille. Certaines personnes parlent de moquerie, mais c’est surtout admiratif. J’ai retrouvé les 800 lettres d’amour que mon grand-père avait écrites à sa femme. Je revisite le passé et cela le rend léger.

Juliette et les années 70 et La Mate de Flore Lefebvre des Noëttes, conception et inteprétation de l’auteure, collaboration artistique d’Anne Le Guernec, lumière de Laurent Schneegans, son de Philippe Miller. Texte aux Solitaires intempestifs.

Théâtre du Rond-Point, 20h30 (La Mate n’est donnée que le dimanche à 15 h), tél. : 01 44 95 98 21, jusqu’au 8 juin. (Durée : 1 h 05).

Photo Laurent Schneegans.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.