Paris, Essaïon, jusqu’au 17 janvier 2012
Fille du paradis d’après Nelly Arcan
Coup de poing

La salle de l’Essaïon est nue. Une jeune femme arrive. Manteau noir, ceinture de satin noir. Très chic. Elle parle à voix si basse qu’on l’entend à peine. Cette « fille du paradis » est une prostituée. Elle suit des études à l’université tout en vendant son corps, comme pute de luxe, comme escorte. Elle continue à parler de sa voix douce et faible. Soudain, un air de rock déchire l’atmosphère. La jeune femme parle alors haut, et fort. Elle est violente. Elle est désespérée. Elle dénonce la corruption de l’amour, le mensonge des relations, le pouvoir des hommes. Elle alterne le récit de faits vécus et les expressions de colère.
Quand les lumières s’éteignent, le spectateur est comme sonné. Ce court moment de théâtre est terrible et poignant. De cette vie de prostituée Nelly Arcan, dont Admed Madani a adapté le livre autobiographique Putain, est morte. Elle s’est suicidée à l’âge de 36 ans. Ce cri, Véronique Sacri l’interprète en creusant le contraste entre son charme adolescent et la brutalité du propos. Ahmed Madani, par le truchement de cette belle actrice, fait vibrer cet appel au secours sans espoir, d’une lucidité terrifiante, sans effets mais avec une force qui multiplie les ricochets en nous-mêmes, longtemps après la vision du spectacle.
Fille du paradis d’après Nelly Arcan, adaptation et mise en scène d’Ahmed Madani, avec Véronique Sacri. Essaïon, tél. : 01 42 78 46 42, les lundis et mardi, 21 h 30, jusqu’au 17 janvier. (durée : 1 h 05).



