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Critiques / Opéra & Classique

Fierrabras

par Caroline Alexander

Qualité suisse garantie

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Divine surprise ! La découverte d’un opéra méconnu de Franz Schubert par l’équipe de l’Opéra de Zürich, invité au Châtelet pour trois trop courtes représentations fut un véritable enchantement. Pastichant Magritte on pourrait dire : ceci n’était pas Fierrabras, opéra de Schubert, mais une représentation de Fierrabras de Schubert. Et plus exactement : la représentation imaginaire-imaginée d’une mise en répétition de Fierrabras sous l’œil attentif et affolé de son compositeur.

A lire le livret de Joseph Kupelwieser et ses rebondissements en chaîne, cabriolant du château de Charlemagne à celui du Roi des Maures, de champs de batailles à quelque tour fortifiée, de forêts et de jardins en salles d’apparat, dans un remue-ménage de croisades, de guerres de religions et de guerres des cœurs, on se dit que l’ouvrage est impossible à monter. De fait il ne l’a jamais été du vivant de Schubert. Une première représentation en fut donnée à Karlsruhe en 1897, l’année où Schubert aurait eu cent ans, mais il fallut attendre près d’un siècle de plus pour en apprécier une véritable réalisation scénique par Ruth Berghaus sous la direction de Claudio Abbado au Festival de Vienne de 1988.

Un humour nimbé d’infinie tendresse

Pour que se croisent le destin de Fierrabras, fils du Roi des Maures, amoureux de la fille de Charlemagne, elle-même amoureuse du preux chevalier Eginhardt avec celui du valeureux Roland épris de la sœur de Fierrabras, pour qu’enfin la chrétienté sorte triomphante du combat des croyances, et que tout cela mis bout à bout, prenne place sur la sublime musique de Schubert, il fallait trouver une astuce. Claus Güth a résolu le problème de la façon la plus délicieuse, imaginant que Schubert en personne, petit homme inquiet, ses frisettes et ses petites lunettes, assiste à la gestation-préparation de son oeuvre héroïco-romantique, encourageant ici ses personnages, là ses musiciens et leur chef. C’est d’une irrésistible poésie et d’un humour nimbé d’infinie tendresse.

Une distribution de qualité

Décors et costumes sont du siècle de Schubert, le Moyen Age y fait irruption avec des accessoires de maison de poupée : un salon lambrissé se métamorphose d’acte en acte tout en restant lui-même, un coucou suisse ralentit le temps avec un balancier en forme d’épée, un piano géant assorti d’une chaise de même taille sert à la fois de refuge et d’épouvantail aux affres de la création. Les murs se transforment en placards d’où s’ échappent les armées, des trappes engloutissent les personnages et les font renaîtrent...

Un esprit de troupe rare dans le monde du lyrique soude une distribution de qualité étoilée : côtés hommes, la basse Gregory Frank pour Charlemagne, le baryton Michael Volle pour Roland, le ténor Christoph Stehl pour Eginhard et Jonathan Kaufmann en Fierrabras de fière allure, tous chaussés de lunettes et coiffés de bouclettes en pétard, clones plus ou moins avoués de leur créateur.

Voix fruitées

Les femmes ne sont pas en reste avec les sopranos Julia Banse en Emma et Twyla Robinson en Florinda, voix fruitées se coulant avec grâce dans la texture des lieds schubertiens. Sans oublier la prestation à la fois comique et attendrissante du comédien allemand Wolfgang Beuschel. Schubert avait 26 ans, quand il composa ce Fierrabras, œuvre de commande conçue parallèlement à La Belle Meunière qui allait passer à la postérité, faire le tour du monde et le classer parmi les immortels alors qu’il ne vécut que 32 étés. L’orchestre de l’opéra de Zürich manifestement aime et connaît ce répertoire qui fait danser les cœurs et rêver les âmes, et leur chef Franz Welser-Möst avec une précision d’horloger et une légèreté de crème Chantilly, en fait vibrer les pupitres sans jamais couvrir les voix. Qualité suisse garantie, comme les montres et le chocolat.

Fierrabras, opéra romantique et héroïque de Franz Schubert, livret de Joseph Kupelwieser, production de l’Opéra de Zürich, orchestre et chœur de l’Opéra de Zürich, direction Franz Welser-Möst, mise en scène Claus Guth, décors et costumes Christian Schmidt, avec Gregory Frank, Juliane Banse, Michael Volle, Christoph Strehl, Günther Groissböck, Jonas Kaufmann, Twyla Robinson, Irène Fiedli, Ruben Drole, Volker Vogel, Sandra Trattnigg, Wolfgang Beuschel. Théâtre du Châtelet, les 8,10 &12 mars 2006.

Crédit photo : M.N. Robert

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