Accueil > Fêtes nocturnes du château de Grignan : la cagnotte

Critiques / Festival

Fêtes nocturnes du château de Grignan : la cagnotte

par Marie-Laure Atinault

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Labiche chez la Comtesse

Le rendez-vous des Fêtes nocturnes de Grignan est très attendu dans toute la région. Pour certains ce sera leur seule soirée théâtrale de l’année. Le choix de la pièce répond à des critères très précis, un classique populaire. Après l’immense succès de « Mesure pour mesure » du grand Will, ce fut comme une évidence de proposer à Adel Hakim de repiquer pour une nouvelle aventure. Le choix de Labiche s’impose immédiatement. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le grand et prolifique auteur du XIXe siècle n’avait jamais eu les faveurs de la façade d’honneur du château de Grignan. Eugène Labiche, grand amuseur devant l’éternel, pourfendeur des petites vanités, déclenche toujours des rires. Populaire, amusant, il répond à tous les critères du cahier des charges des Fêtes nocturnes de Grignan. Un vrai sujet de vaudeville, Labiche chez Madame de Grignan apportant des pralines à Madame de Sévigné !

La fièvre du samedi soir à la Ferté-sous-Jouarre

Les samedis soir à la Ferté sous Jouarre, c’est la fièvre du jeu chez Champbourcy, un homme important qui a fait un don conséquent à la ville. Quelques notables se réunissent pour disputer des parties endiablées de bouillotte. La bouillotte en question n’est pas cet accessoire qui permet lors des nuits d’hiver de réchauffer votre lit mais un jeu de carte ! Champbourcy a proposé de mettre les gains de ces parties dans une cagnotte. Ah quelle bonne idée ! Au bout d’un an, la cagnotte représente un joli pactole. Après des discussions âpres, la compagnie décide de monter à Paris. La capitale est semée d’embûches pour des provinciaux, pour notre plus grand plaisir. Il est de notoriété que l’on rit bien volontiers du malheur des autres !

Respecte l’auteur, il te le rendra au centuple (anonyme du XIX)

« La Cagnotte » est une pièce souvent montée, hélas fort mal. Enfin une belle et amusante mise en scène. Adel Hakim ne méprise pas les personnages, il sait bien que les ridicules et les travers de ces petits bourgeois épris de grandeur sont ancrés dans l’âme humaine. En se moquant d’eux, on se moque un peu de son voisin et du voisin de son voisin, c’est à dire de nous-même. En entomologiste du petit, Labiche travaille au microscope sur la bêtise et la fatuité de ces notables qui ne voient pas plus loin que le bout de la chaîne de leur montre. Leur ridicule a servi d’axe à l’élaboration des costumes, tout en noir et blanc, avec des postiches, faux crânes, faux ventres, faux cheveux. On est dans un monde où le paraître est plus important que la vérité. Il faut avoir l’air. Nos petits bourgeois sont épris de grandeur. Heureusement, cela a bien changé de nos jours !!!!!!

Adel Hakim utilise une grande estrade comme scène. Une vraie boîte à malice d’où sortent les accessoires et le mobilier. La calèche et la prison sont non seulement des trouvailles épatantes, mais des vrais coups de génie ! Tous les changements de décors sont fait à vue par les comédiens sur la musique originale et alerte de Marc Marder. Ils sont tous applaudis par un public conquis. Les pièces d’Eugène Labiche étaient entrecoupées d’air à la mode, Adel Hakim et Marc Marder ont respectés le « timing », comme cela ne se disait pas à l’époque, des parties chantées. Le compositeur s’est servi des chansons indiquées par Labiche. En respectant l’auteur et en bonne intelligence du texte, le rythme ne se dément jamais. Pour ce road movie des enfants de la Ferte-sous-Jouarre à Paris, Adel Hakim a imprimé un mouvement, un tourbillon impitoyable aux évènements que nos pauvres « cagnoteurs » ont bien de la peine à suivre. Grâce à une interprétation de toute première catégorie, on entend le texte et on se régale des répliques courtes, incisives de Labiche, qui en plus d’être notre meilleur vaudevilliste doit être le grand-père de Michel Audiard. Comme à l’école, voici une petite sélection dont nous vous restituons le contexte : lorsque les joueurs discutent sur l’utilisation de la cagnotte, une visite à la foire, l’achat d’une dinde truffée, un bal ou la dotation d’une rosière ont été évoqués.

- Un bal mais c’est une idée blonde !
- Une rosière, j’aime mieux une dinde truffée !
- Je n’avais jamais vu de voleur, ça ressemble à tout le monde !
- Le mal de dents, je ne connais qu’un remède vous prenez une jeune taupe……(la rédaction souhaiterait avoir l’avis de la faculté).

Rarement « La Cagnotte » a connu un tel rythme. On rit du début jusqu’à la fin. La troupe est formidable, nous allons être terriblement injuste en ne citant que Prunella Rivière, inénarrable Léonida en proie aux feux de l’amour, Isabelle Cagnat, une Blanche délicieuse et Malik Faraoun absolument méconnaissable et follement drôle.
Grâce à Adel Hakim, justice est rendue à cette pièce et aux notables de la Ferte-sous-Jouarre. Il est temps de faire votre Cagnotte pour aller revoir le spectacle à Grignan et, cet hiver, aux Quartiers D’Ivry.

La Cagnotte d’Eugène Labiche
mise en scène Adel Hakim, avec Maryse Aubert, Thierry Barèges, Isabelle Cagnat, Etienne Coquereau, Jean-Charles Delaume, Malik Faraoun, Serge Gaborieau, Nigel Hollidge, François Raffenaud, Prunella Rivière
Fêtes nocturnes de Grignan jusqu’au 23 Août tél : 04 75 91 83 65
Début du spectacle 21H http://chateaux.ladrome.fr
Le spectacle sera repris au Théâtre des quartiers d’Ivry

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.