Opéra de Flandres en Belgique, à Anvers jusqu’au 30 décembre, à Gand jusqu’au 18 janvier 2009

Falstaff de Giuseppe Verdi et Arrigo Boito

Le souriant au revoir de Marc Clémeur à son Opéra de Flandre

Falstaff de Giuseppe Verdi et Arrigo Boito

Marc Clémeur, le futur directeur de l’Opéra National du Rhin, tourne la page de son Opéra de Flandre après dix huit années de grands services qui ont hissé la maison d’opéra flamande au premier rang de la vie musicale européenne. Né à Anvers, flamand d’origine wallonne comme l’indique l’accent aigu de son nom, il quitte à 56 ans son territoire pour entamer une nouvelle aventure dans la capitale alsacienne. 

En guise d’au revoir, il offre à son public une production de l’ultime chef d’œuvre de Giuseppe Verdi, crée en 2004 à Strasbourg à l’Opéra National du Rhin, ce Falstaff extravagant, composé à l’automne de ses 80 ans et qui fait de la dérision la suprême philosophie de la vie. Un choix pesé, réfléchi, comme si, dans cette Belgique aujourd’hui déchirée, la leçon à retenir serait encore et toujours : tutto nel mondo è burla » - « le monde entier est une farce ».

Beaucoup de bonheurs au rendez-vous de ce souriant coup de chapeau

Beaucoup de bonheurs sont au rendez-vous de ce souriant coup de chapeau, à commencer par la direction vive, incisive et tendre du chef espagnol Enrique Mazzola qui fait siennes les formidables inventions musicales que Verdi, après les sept années de silence qui séparent son Otello de son Falstaff, lance aux oreilles de son temps. En 2002 déjà, à Paris au Théâtre des Champs Elysées, il en avait débusqué les goûts de farce et de tendresse.

Un décor pas très frais mais une trépidante direction d’acteurs

Un décor, pas très frais, pas très beau tente de ressusciter les happy fifties de l’euphorique après-guerre. Plastique et formica, néons et plexiglas, baies vitrées et, pour ne pas rester en reste des techniques nouvelles, un écran géant où se déroulent des gros plans des personnages sur un fond de ciel tourmenté de nuages. Le final avec libellules volantes et cortège de masques à la James Ensor, apporte enfin une réjouissante note de poésie, malgré le chêne décharné qui a tout l’air de s’être échappé d’un En attendant Godot de Samuel Beckett. Giorgio Barberio Corsetti, le metteur en scène italien en charge de cette production, est généralement mieux inspiré pour ses décors, mais il en compense la monotonie visuelle par une trépidante direction d’acteurs où chacun des chanteurs se fait comédien et joue la cocasserie avec un plaisir contagieux.

Bruno Caproni, vieil enfant débonnaire, à la foir drôle et touchant

La soprano espagnole Ana Ibara retrouve le charme pointu – jusque dans les aigus – de son Alice séductrice qu’elle a chanté en 2006 à La Monnaie de Bruxelles. En Mrs Quickly, la mezzo polonaise Elzbieta Ardam fait nonchalamment rouler ses graves et ses hanches. Nannetta devait révéler le talent tout neuf de Hendrijke van Kerkhove, mais souffrante elle dut être remplacée en dernière minute par la soprano italienne Barbara Bargnesi qui fut, le soir de la première, une pétillante et lumineuse jeune première. Werner Van Mechelen, baryton basse de belle envergure, s’approprie avec humour le rôle ambigu de Ford dont ne sait trop s’il est ou non de mèche avec la bouffonnerie tramée par ces dames contre l’aristo à la dérive, vantard et redondant qu’est Falstaff. Le baryton Bruno Caproni en endosse pour la première fois la bedaine et les désillusions et en fait un vieil enfant débonnaire qui joue avec ses astuces d’histrion comme on joue à la marelle. Timbre chaleureux et raffiné, jeu de funambule sur le fil du ridicule, il réussit à être simultanément drôle et touchant.

A l’abri des médias la carrière volontairement lente de Marc Clémeur

« Falstaff nous enseigne la relativité de nos ambitions et nous sauve par l’humour » commente Marc Clémeur qui pourtant n’a guère besoin de leçon à recevoir. Loin du tintamarre des médias ce musicologue parlant cinq langues, formé au Conservatoire de Musique d’Anvers et à l’Université de Cologne, revendique le calme d’une carrière volontairement lente. Sa thèse sur la version originale du Don Carlos de Verdi fut à l’origine d’une importante découverte sur la genèse du livret et fait désormais référence notamment dans la nouvelle édition de la partition chez Ricordi. Avant de prendre les rênes des deux maisons, à Gand et à Anvers, de l’Opéra de Flandre, il fut producteur de musique classique pour la Radio et Télévision Belge (RTBF) et directeur de l’Orchestre Philharmonique des Flandres.

La satisfaction d’un public rajeuni et d’un répertoire élargi

De ses 18 ans de gestion et de programmation il retient la satisfaction d’un rajeunissement du public - 18% a moins de 30 ans d’âge – et le plaisir d’avoir largement élargi son répertoire, du baroque sur instruments anciens aux contemporains de répertoire et de commande. Les subventions régulièrement revues à la baisse par le ministère flamand de la culture et diverses tracasseries administratives ont sans doute rendu bienvenu son départ pour Strasbourg même s’il ne l’évoque guère de façon directe. Cette part flamande du royaume de Belgique il est vrai revendique parfois sa singularité de façon bien radicale. Jusque dans les surtitres des opéras. Alors qu’à Bruxelles, La Monnaie les projette systématiquement en français et néerlandais, qu’à Liège, l’Opéra Royal de Wallonie y ajoute même l’allemand (troisième langue du pays), Anvers et Gand n’ont droit qu’à l’affichage exclusivement flamand.

Ni tristesse ni mélancolie mais une belle poussée d’enthousiasme

Ni tristesse ni mélancolie pour Marc Clémeur dans son au revoir de souriante philosophie, mais une belle poussée d’enthousiasme envers ses nouvelles fonctions. Développer l’euro district avec l’Allemagne, créer des liens, voire des partenariats avec les institutions de Freiburg, de Karlsruhe ou de Bâle en Suisse pratiquement limitrophe figurent parmi ses priorités. Il est trop tôt pour révéler en détails sa future programmation mais il promet d’ores et déjà la continuité de l’ouverture vers les musiques d’aujourd’hui, une certaine latinité du répertoire et un cycle Janacek qui sera confié au canadien Robert Carsen qui fut son invité phare à Anvers et à Gand.

Falstaff de Giuseppe Verdi, livret d’Arrigo Boito, orchestre symphonique et chœur de l’Opéra de Flandres, direction Enrique Mazzola, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti, décors et costumes Cristian Taraborrelli, lumières Giorgio Foti, vidéo Fabio Iaquone. Avec Bruno Caproni, Ana Ibarra, Werner Van Mechelen, Elziebeta Ardam, Angélique Noldus, Barbara Bargnesi, Jeroen de Vaal, Philip Sheffield, Pascal Pittie, Kurt Gysen.

Opéra de Flandre :
 à Anvers, les 14,16,18,20,23,30 à 20h, le 28 à 15h
 à Gand, les 8,10,13,16 janvier à 20h, le 18 à 15h

+32 (0)70 22 02 02 – www.vlaamseopera.be

La production sera reprise en juin 2009 à l’Opéra National de Rhin, à Strasbourg et à Mulhouse

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook