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Critiques / Danse

F.A.R. Wayne McGregor/Random dance

par Marie-Valentine Chaudon

Eblouissante singularité

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Wayne McGregor est sur tous les fronts. Créateur des danses d’Harry Potter et la coupe de feu en 2004 et de la comédie musicale Kirikou et Karaba en 2007, le britannique de 41 ans vient de signer l’énigmatique chorégraphie du tout nouveau clip du groupe Radiohead et prépare actuellement un nouveau ballet pour l’Opéra de Paris. Il était également à la Maison de la danse de Lyon du 23 au 25 février pour la première en France de FAR, la dernière création de sa compagnie Random Dance. Une plongée hypnotique au cœur même du travail du chorégraphe : à la rencontre pointue du corps et de l’esprit.

Wayne McGregor occupe sur la scène chorégraphique actuelle une place bien à lui : inclassable, parfois insaisissable et pourtant nécessaire. Il faut se rendre à ses spectacles tous sens en éveil, ouverts à l’expérience et à la surprise. Plus grand en sera le ravissement, devant la beauté troublante d’une danse aussi singulière qu’envoutante.
Le chorégraphe anglais a imaginé FAR à partir d’un livre de l’historien anglais Roy Porter : Flesh in the Age of Raison (la Chair à l’âge de raison) qui montre l’évolution de la vision du corps à partir du siècle des Lumières, des études scientifiques et des premières autopsies. Un matériau ardu, un brin insolite, à première vue mais qui suit avec logique la quête de Wayne McGregor. Depuis la création de sa compagnie Random dance en 1992, le chorégraphe n’a eu de cesse de confronter son inspiration aux travaux les plus pointus, neurosciences, sciences cognitives, psychologies, informatique… Avec une obsession : décrypter les interactions entre corps et pensée pour démultiplier les possibles du langage corporel.
Avec FAR, Wayne McGregor réinvente encore sa gestuelle singulière, marquée par une exceptionnelle fluidité. Maître dans l’art des combinaisons complexes et des enchaînements rapides, le chorégraphe semble laisser ici un peu de répit à ses dix danseurs avec une danse moins nerveuse que dans ses précédentes pièces, comme Entity (2008). FAR est conduit par une énergie nuancée, presqu’apaisée. L’émotion préside à l’ouverture du spectacle, sur le Sposa son desprezzata de Vivaldi, interprété par Cécilia Bartoli, un magnifique duo se déploie à la lueur des flambeaux portés par quatre danseuses. La suite joue la rupture. Dans une scénographie futuriste, aux points lumineux mouvants, la musique électronique de Ben Frost mène la danse, tantôt saturée, tantôt aérienne. Les corps des dix danseurs se cherchent et bougent, seuls, à deux ou à trois pour des portés subtils. Féminin et masculins se découvrent, s’affrontent puis s’apprivoisent. Les jambes nues aux muscles saillants se lèvent très haut, repoussant sans cesse les limites des corps. A certains moments, la danse échappe au son, les bras s’arrondissent et dans leurs sauts dispersés à travers les scènes, les danseurs s’épanouissent dans une liberté étonnante. En ces brefs instants, l’ombre de Merce Cunningham, l’un des maîtres de Wayne McGregor, surgit, bienveillante. On est ému par les détails qui cisellent l’écriture de la pièce. Deux danseuses de profil, enroulées sur elles-mêmes se tiennent quelques minutes en équilibre sur demi-pointe. Presqu’animale, leur posture est d’une grâce infinie. Une fois de plus, la notion de virtuosité trouve son incarnation dans l’art chorégraphique de Wayne McGregor. Une danse qui va là où les mots se taisent.

FAR, Wayne McGregor/Random dance.
Le 25 février à la Maison de la danse de Lyon, Le 14 et 15 mars à la Maison des arts de Créteil dans le cadre de la Biennale de la danse du Val de Marne, le 8 avril à l’Onde de Velizy-Villacoublay et le 11 avril à la maison de la culture d’Amiens.

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