Paris, Bois de Boulogne jusqu’au 4 mars 2012
Empreintes par le cirque Alexis Gruss
Hier, aujourd’hui et demain

Au cirque Alexis Gruss, il y a toujours la patte d’un peintre invisible qui donne un surplus de beauté à l’excellence des numéros. Ce peintre est collectif : c’est l’artiste à dix têtes que forme la famille Gruss, ou à quinze têtes puisque les Florees et Micheletty ont rejoint la dynastie d’origine alsacienne (les habitués reconnaîtront cette année Maud Gruss devenue par son mariage Maud Florees, de retour avec son mari Tony Florees, lui-même provenant du cirque Micheletty-Florees… Le cirque s’observe toujours en secouant les branches des arbres généalogiques ! ) Le peintre, cette année, a vu rouge. On était habitué au bleu. Voilà les Gruss en rouge, du moins dans une première partie, car Empreintes, tel que l’a mis en scène l’omniprésent Stephan Gruss, est en deux temps, ou plus justement en deux époques : d’abord, dans la dimension traditionnelle, dans cette nouvelle palette rouge – avec de magnifiques queues de pie écarlate -, ensuite dans une dimension moderne, avec d’autres habits, parfois futuristes, et l’utilisation de matériaux, d’accessoires et de mécanismes très contemporains. Ils ont enfin imaginé, à l’ultime moment, des saluts à cheval, où tous les artistes, quelle que soit leur tenue, viennent saluer sur les équidés du maître Alexis Gruss. Voilà qui donne un souffle de liberté, de goût du jeu et du neuf, à l’image de ce trente-huitième spectacle, où les empreintes sont celles d’hier, d’aujourd’hui et de demain - hommages à la parentèle disparue (notamment Maud et André, père et mère d’Alexis, auxquels Stephan se réfère avec émotion), confiance dans la génération nouvelle, parfois enfantine ou adolescente, qui ne cesse de faire des pas de géant sous nos yeux.
Évidemment, la cavalerie demeure le fondement, la fondation, la philosophie, le phénomène du spectacle. Le dressage d’Alexis Gruss est comme toujours de la haute école traversée d’insolite, l’infatigable Gipsy monte dans une impeccable élégance tantôt en amazone tantôt dans la position classique, les numéros de voltige et de l’écuyère à panneaux sont parfaits et les pyramides humaines sur les chevaux trottant suscitent des enthousiasmes précédés de frissons. Mais la troupe sait aller loin dans d’autres disciplines. La palme du meilleur clown va à… l’éléphante Synda qui reprend et renouvelle le numéro du pachyderme barbier. Firmin Gruss réalise un numéro d’échelle libre tout à fait sidérant. Stephan, Alexandre, Charles et Tony jonglent superbement, pris dans le mouvement montant et descendant d’une mâchoire animée. Les mêmes et quelques autres – tous se démultiplient, et l’œil ne les reconnaît pas à tout moment – font tourner des tubulures rondes et carrées. Nathalie Gruss et Francesco Fratellini (encore une autre dynastie) font les fous sur un « mât chinois ». Dans les airs, Nathalie et Anna Micheletty, depuis une boule arachnéenne suspendue, ont la grâce d’Icare féminins. A tous ces cirques qui chahutent ou trahissent la vérité de l’art pour de massifs effets télévisuels préférons cette authenticité-là, ample et haute dans son artisanat à l’entêtant parfum d’écurie et de poésie.
Empreintes par le Cirque National Alexis Gruss, mise en scène de Stephan Gruss, avec les Gruss : Alexis, Gipsy, Stephan, Nathalie , Firmin, Charles, Alexandre, Louis, Joseph, les artistes associés ou invités : Maud Florees, Tony Florees, Sarah Florees, Francesco Fratellini, Anna Michelety, orchestre dirigé par Sylvain Rolland, chorégraphie de Sandrine Diard. costumes de Bruno Fatalot. Paris, bois de Boulogne, tél. : 01 45 01 71 26, jusqu’au 4 mars (durée : 2 h 40 avec entracte).



