Grand Auditorium de la Philharmonie - Luxembourg

EPISTOLA

Une cantate pour la capitale européenne de la culture

EPISTOLA

Sur la carte de l’Europe, il occupe à peine la taille d’un confetti, il en fut pourtant l’un des pays fondateurs et en est resté le croisement à la fois géographique, culturel et économique. Le Grand Duché de Luxembourg, a été désigné capitale européenne de la culture 2007 sous la dénomination Luxembourg/Grande Région et les auspices graphiques d’un cerf bleu. Le coup d’envoi des manifestations fut donné durant le week-end du 9 décembre, avec, le samedi, feu d’artifices, parades et premières réjouissances en ville et le dimanche, dans la nef blanche de la Philharmonie, la création mondiale d’une cantate spécialement commandée pour la circonstance au compositeur franco-croate Ivo Malec.

Ivo Malec - Emmanuel Krivine

Œuvre étrange, intégralement chantée en latin, œuvre coup de poing qui vous vrille l’âme cette Epistola, cantate pour soprano, mezzo soprano, ténor, basse, chœur et orchestre occupait depuis une dizaine d’années l’imaginaire d’Ivo Malec. Il s’en explique dans le programme, raconte la découverte fortuite qu’il fit d’une lettre adressée en 1522 au pape Adrien VI par le poète humaniste croate Marko Marulic. Lettre écrite en latin pour implorer l’action de l’Eglise face à l’invasion des Turcs. « Le choc est venu du parallèle évident entre la description par Marulic des horreurs de cette guerre avec celle que venait de subir mon pays d’origine, la Yougoslavie, pendant la guerre des années 90 ». Le désir germa de transposer en musique ces tragiques coïncidences et se concrétisa avec la commande luxembourgeoise. A l’arrivée, on entend une sorte de chemin de croix d’un laïc aux yeux ouverts sur un monde qui ne tourne pas rond, sa rage et sa désespérance et le rayon de lumière dont il garde l’espoir. La pâte sonore puissante et généreuse de cet émule de Pierre Schaeffer, explose de sensations entremêlées, de violence et d’accalmies comme le magnifique duo de violoncelle et de contralto qui s’isole aux deux tiers de la partition.

Comme toujours chez ce chercheur infatigable les voix sont omniprésentes, mêlées aux instruments ou s’élançant seules telles les coloratures du bouleversant solo final de la soprano. Pour Malec le sens du tragique et le sens de la fête se mêlent inextricablement. Autant dire qu’à l’écoute de ces 45 minutes d’humanité en fusion, on a la gorge nouée et la peau qui frissonne. D’autant que l’interprétation fut de tout premier ordre, les quatre solistes, la soprano Claudia Barainsky, Marjana Liposvek contralto, Robin Leggate, ténor et la basse Ralf Lukas, le Chœur Philharmonique Tchèque de Brno et surtout l’Orchestre Philharmonique de Luxembourg, au meilleur de sa forme, enflammé par l’électrique Emmanuel Krivine, son tout nouveau directeur musical.

En deuxième partie de ce concert d’ouverture, la même phalange, avec la même verve et la même clarté exécutait Les Tableaux d’une Exposition de Moussorgski, dans l’orchestration de Maurice Ravel, l’occasion d’illustrer les exceptionnelles qualités acoustiques de cette salle, nichée au cœur du bâtiment de colonnes blanches inventé par l’architecte Christian de Portzamparc. Cette Philharmonie dressée au centre du tout moderne quartier de l’Europe, à deux encablures du Mudam, le Musée d’Art Moderne futuriste conçu par Pei, l’homme auquel ont doit, entre autres, la Pyramide du Louvre à Paris, constitue une rare réussite esthétique et pratique. Avec ses jeux de lumière naturelle qui, le jour percent les parois de verre, ou celles qui sont projetées en pastels légers sur les murs intérieurs, avec ses passerelles légères qui ceinturent son espace vital comme autant de points de fuite, et son auditorium, la « boîte à chaussures selon l’expression consacrée, en contraste tamisé, chaleureux, bleu nuit et couleurs tabac. Enfin cette acoustique exceptionnelle sortie de l’alchimie secrète d’Albert Xu, où chaque instrument devient soliste, où même le silence devient musique.

Epistola de Ivo Malek, Les Tableaux d’une exposition de Modeste Moussorgski, concert d’ouverture de Luxembourg/Grande Région capitale européenne de la culture 2007. Par l’Orchestre Philharmonique de Luxembourg, direction Emmanuel Krivine. Avec le Chœur Philharmonique Tchèque de Brno dirigé par Petr Fiala et les solistes Claudia Barainsky, Marjana Lipovsek, Robin Leggate, Ralf Lukas.

Grand Auditorium de la Philharmonie de Luxembourg, le dimanche 10 décembre 2006 à 20h.

http://www.philharmonie.lu

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Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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