Paris – Théâtre Mouffetard jusqu’au 8 janvier 2011

Didon et Enée de Henry Purcell

Espiègle et bon enfant

Didon et Enée de Henry Purcell

Comment aborder un bijou d’opéra baroque sans orchestre, sans vedettes du lyrique, avec, pour ainsi dire, trois fois rien ? Faut pas manquer d’air sans doute et la compagnie qui s’est attribué ce titre – "La Compagnie Manque Pas d’Airs" - n’en manque effectivement pas ! Il y a deux ans sur ce même plateau du charmant Théâtre Mouffetard qu’anime Pierre Santini, elle présentait à sa façon un Orphée et Eurydice de Gluck réjouissant (voir webthea du 30 novembre 2008).

La voici qui s’empare de Didon et Enée, le tout premier opéra baroque de nationalité anglaise que son auteur Henry Purcell (1658-1695) destinait à un pensionnat de jeunes filles, la Boarding School for Girls de Chelsea. Laquelle en fit une représentation d’amateurs en 1689 qui resta sans suite. L’oeuvre ne fut jamais jouée professionnellement du vivant de son compositeur. D’ailleurs sa partition disparut puis fut reconstituée moyennant un certain nombre d’arrangements.

Le mystère et les incertitudes qui l’entourent donnent à ceux qui s’en emparent les clés de leur liberté d’interprétation. On a vu la chorégraphe allemande Sasha Waltz lui greffer une ribambelle de rallonges dialoguées ou dansées pour en faire un spectacle d’une heure quarante pour cinquante minutes de musique (voir webthea du 17 février 2005). On s’est laissé enchanté par la production de l’Opéra Comique signée Deborah Warner avec William Christie et ses Arts Florissants : grands talents et grands moyens (voir webthea du 5 décembre 2008).

L’imagination se substitue au luxe

Au théâtre Mouffetard, l’imagination se substitue au luxe, et, à défaut de traiter Purcell en seigneur, les six protagonistes du spectacle – cinq chanteurs et une claveciniste –, leur metteur en scène, Alexandra Lacroix et leur directeur musical Benjamin Fau, ont décidé de le bousculer à tu et à toi. En aimable et respectueuse irrévérence. Comme dans une salle de classe, l’un ou l’autre des protagonistes trace sur un tableau noir les définitions des actions en cours. Comme il n’y a ni sur ni sous titrage et que tout est chanté en v.o. anglaise, les petits résumés aident à comprendre. La Carthage dont Didon est reine a rétréci pour devenir à une sorte de troquet pour voyageurs fauchés (à moins que ce soit une école et sa cantine, on ne sait pas trop). Il pleut et la Didon patronne passe la serpillière sur le sol mouillé. On y mange sur une table d’hôte en ferraille, on y fait sa toilette dans des bassines de zinc, on y fait l’amour en s’arrosant les pieds… Enée, prince de Troie, voyage en espadrille, bonnet de laine et sac à dos de campeur… La pluie, goutte à goutte ou par rafales, s’incruste entre les notes, le vent et l’orage apportent leurs humeurs sonores, ça glougloute et ça soupire entre les morceaux que Camille Laforge égrène joliment au clavecin, les envolées des arias et les chœurs à trois ou quatre voix qui rythment et martèlent le déroulement des événements.

Charmant et sans prétention

Belinda, la suivante-servante mène le jeu et a trouvé en Maïlys de Villoutreys, soprano bretonne au timbre fruité une interprète à la fois souple de jeu et de chant. Un peu en retrait, Johanne Cassar campe une Didon sensuelle qui attend la fin de son parcours, au cours d’une scène de noyade dans des flots de draps blancs, pour donner le plein des couleurs de sa voix. Guillaume Andrieux, 25 ans, fait d’Enée un très juvénile anti-héros, Cecil Gallois en sorcière enchanteresse révèle une jolie tessiture de contre ténor. Florent Baffi, basse du chœur complète la distribution.

Charmant, sans prétention, ce Didon et Enée ne nous envoie pas au paradis, mais son esprit bon enfant, son espiègle musicalité font passer une heure de plaisir.

Didon et Enée de Henry Purcell, livret de Nahum Tate d’après l’Enéide Virgile par la Compagnie Manque pas d’Airs, direction musicale Benjamin Fau, mise en scène Alexandra Lacroix. Avec Johanne Cassar, Guillaume Andrieux, Maïlys de Villoutreys, Cecil Gallois, Florent Baffi, Camille Delaforge.

Théâtre Mouffetard, du mercredi au samedi à 19h, dimanche à 15h, jusqu’au 8 janvier 2011 (relâche les 21, 24 novembre et 1er janvier).

01 43 31 11 99

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook