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Critiques / Livres, CD, DVD

Défricheurs d’aurore de René Pillot

par Gilles Costaz

Un quart de siècle pour la jeunesse

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Les Centres dramatiques nationaux pour la jeunesse ne sont pas légion. Dans ce domaine, la politique de l’Etat français est bien en retard. D’où l’intérêt de lire l’ouvrage de lire ou de re-lire l’ouvrage de René Pillot, Défricheurs d’aurore. Pillot est l’un des artistes qui a eu la plus grande expérience en ce domaine : il a créé sa troupe à Lille en 1968, puis le théâtre La Fontaine qui devient Centre dramatique en préfiguration en 1976, erre de lieu en lieu, obtient son statut provisoirement définitif avec l’inauguration de la salle lilloise en 1987 par Pierre Mauroy et Robert Abirached, puis disparaît de la carte en 1991, sans beaucoup d’explications des tutelles trop heureuses de se défaire d’un gêneur œuvrant dans un secteur dont elles n’ont que faire.
C’est une belle et triste histoire que conte Pillot. La sienne, soit l’activité infatigable d’un auteur-acteur-metteur en scène-directeur, celle de son épouse Janine (aujourd’hui reconvertie dans les très vivantes éditions théâtrales La Fontaine) et celle d’une équipe qui n’a pas ménagé sa peine pour inventer un nouveau répertoire, toucher l’immense public des enfants et des adolescents, s’adapter aux décisions contradictoires des puissants. C’est aussi un cri régional, qui refuse la dictature de Paris et des champions des courants mondains dont l’arrogance peut entraîner le dédain du travail de fonds. Pillot n’a pas de mots assez durs pour des personnalités comme Jack Lang, qui mit sur place un Théâtre des enfants voué à un flop rapide, Bernard Faivre d’Arcier et Daniel Mesguich – en réponse à une attitude en effet plutôt méprisante. Les colères de celui qui bénéficia du soutien de son modèle et ami, Claude Santelli, font le sel de ce témoignage extrêmement vivant qui, par ailleurs, déborde d’amitié pour les acteurs, les partenaires scolaires, les auteurs, la jeunesse tous ceux qui ont partagé ce tourbillon de créations. Quelles œuvres de Pillot resteront ? Capitaine Clown, Chanteflandre, Bleu d’écailles ? L’avenir nous le dira.
Avant tout, sa trajectoire renversante d’obstacles est exemplaire. Grâce à cette chronique riche, précise, passionnée, passionnante, colorée, on sait à quelle sauce le baladin Pillot fut mangé par les ogres parisiens et lillois, et quels enjeux poétiques, esthétiques, éducatifs et politiques portent ce tant ignoré théâtre pour la jeunesse.

Défricheurs d’aurore de René Pillot, propos recueillis par Michel Berry. La Fontaine éditions, 328 pages, 20 euros.

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