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Danser brut, exposition au LaM, Villeneuve d’Asq

par Michel Strulovici

En r’venant de l’expo

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Danser brut, le mariage de ces deux mots pourrait nous faire croire à une chorégraphie violente à la Wim Vandekeybus. Il n’en est rien. Leur alliance renvoie au choix d’un « angle » dans la constellation de l’Art brut, ce mode d’expression qui se veut comme en marge de toute représentation pensée comme telle.
Le LaM, le Musée d’art de la Métropole lilloise, possède une belle collection de ces œuvres qui ne se revendiquent pas comme faisant partie du circuit artistique « normal ». L’expression des aliénés y trouve ici une place de choix, tout comme celui des marginaux de la société.
C’est un étrange voyage qui nous est ici proposé sur le thème large du mouvement des corps et du geste, passant des « rondes et manèges », du magnifique « Manèges aux oiseaux » de Jean Grard aux dessins et photographies des patientes hystériques étudiées et soignées à La Salpêtrière par Charcot. Dans un raccourci étonnant mais productif, l’exposition nous invite à découvrir dans les œuvres de Mélies, Chaplin, et d’autres, la présence voulue d’expressions corporelles attribuées habituellement à la folie, que ces cinéastes utilisent jusqu’au burlesque, jusqu’au malaise.
« Danser brut » nous plonge également dans ces danses compulsives qui, comme à Strasbourg en 1518, à Loudun en 1630, ou, un siècle plus tard, à Saint Médard, convulsèrent des centaines de personnes, des populations entières. Ainsi avec cet impressionnant moment de Paracelsus, le film de Pabst, réalisé en 1943 en plein nazisme, dans lequel un démiurge entraîne toute une société dans une danse (sarabande ?) de possession évoquant par certains aspects May Be, le chef d’oeuvre de Maguy Marin ou Palermo,Palermo de Pina Bausch dans le travail ethnographique présenté sur les tarentelles, ces danses de l’Italie méridionale, sortes de cures chorégraphiques pour soigner les terrifiantes morsures de la tarantule. Dans ces œuvres artistiques existerait-il un sous-texte, une citation, empruntés à ces rituels d’ « art brut ».

  • Parmi les oeuvres rendant compte de cette obligation pour les corps de se mouvoir sous l’emprise de la pulsion, le film Hextentanz, La danse de la sorcière est une vraie curiosité. La chorégraphe Mary Wigmam y invente, en 1914, le premier solo pour femme. Un solo brutal, saccadé comme sous l’emprise d’une puissance invisible.

L’exposition rend hommage également à Vaslav Nijinski en présentant ses dessins géométriques, suite de courbes, de lignes se coupant et se recoupant au moment où, en 1919, il perd la raison et arrête de danser. Comme une compensation ? « le dessin se substitue au mouvement et le crayon danse à la place du corps ou, plutôt, pour le corps tout entier » comme commente justement Savine Faupin, la commissaire de l’exposition. L’« Art brut » ici comme un rappel émouvant de la grâce de ce danseur d’exception. Plus de trois cents dessins, photographies, sculptures, films sont présentés en hommage à ces créateurs en marge de l’acte artistique.
Une deuxième partie de l’exposition est consacrée à « Rodin et les mouvements de danse ». Des dessins et des sculptures expriment son émerveillement devant la grâce des danseuses du ballet royal cambodgien venu en France en 1906 et le rôle joué pour le sculpteur par Isadora Duncan et Nijinski qui fréquentèrent son atelier.

« Danser brut » et « Rodin et les mouvements de danse ». Jusqu’au 6 janvier 2019. Au LaM à Villeneuve d’Ascq.

© Hernandez

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