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Critiques / Théâtre

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand

par Jean Chollet

A la fin de l’envoi il touche

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Dans cette période d’austérité et de désenchantement, la reprise de cette célèbre pièce de Rostand semble résonner comme un appel à conserver du “ panache ” et du courage, quelques soient les circonstances traversées dans la vie. Librement inspirée de la vie de Hercule Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655) et jouée pour la première fois en décembre 1897, elle a suscité l’intérêt de nombreux metteurs en scène et conquis un large public en France comme à l’étranger. Aujourd’hui Georges Lavaudant aborde cette œuvre mythique pour se “ confronter à un texte populaire ”dans une version créée en plein air dans l’amphithéâtre romain de Nuits de Fourvières, en juin dernier.

C’est sans nul doute cette localisation qui a inspiré le décor en extérieur de l’Hôtel de Bourgogne de Jean-Paul Vergier, surtout marqué par la présence centrale d’un bosquet de conifères pivotant qui évoque en ouverture la scène nécessaire à la représentation de La Clorise, de Balthazar Baro. Puis, successivement, la Tour de Nesle où Cyrano l’épée à la main triomphe en solitaire, le balcon de Roxane sous lequel viennent ses amoureux, la fortification du siège d’Arras avec les Cadets de Gascogne et l’arbre du couvent du dernier acte.

La mise en scène de Georges Lavaudant se tient avec intelligence et cohérence dans une forme classique, en éclairant les sentiments des personnages avec acuité. Une recréation dont la légèreté et le rythme, avec des scènes et enchainements parfaitement réglés, concourt à un plaisir ludique savoureux. Il semble avoir conquis les nombreux scolaires, présents lors des premières représentations, faisant preuve d’une écoute particulièrement attentive et d’un plaisir non dissimulé.

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Lorsque l’on monte cette pièce, le choix de l’interprète du rôle titre est d’importance. Beaucoup de comédiens se sont illustrés dans ce personnage à multiples facettes. Lavaudant à choisi son complice de longue date, Patrick Pineau. On peut dire en situation qu’il a eu du nez. Car le comédien incarne avec verve et truculence ce héros romantique, désespéré d’être laid, dont le nez “qui des traits de son maître / A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître” l’empêche de conquérir ouvertement le cœur de Roxane. Tour à tour, gouailleur et hâbleur, fier et tendre, coléreux ou naïf, mais aussi tendre en amoureux brisé et fatigué avec des accents touchants et émouvants. Son interprétation, à la tonalité toute personnelle, le place dans la lignée des grands interprètes qui ont tenu ce rôle écrasant avant lui.

A ses côtés Marie Kauffmann est une Roxane pleine de finesse et de modernité et Frédéric Borie porte avec justesse les inquiétudes de Christian. Mais autour de Gilles Arbona (De Guiche) et François Caron (Le Bret) l’ensemble des comédiens -17 au total - font entendre avec clarté, tout au long des cinq actes, les 1600 alexandrins dans une liberté fluide adaptée au temps présent. Dans son ensemble un Cyrano qui n’a pas pris une ride et constitue pour tous les âges un plaisir théâtral.

Cyrano de Bergerac de Edmond Rostand, mise en scène Georges Lavaudant, avec Patrick Pineau, Marie Kauffmann, Frédéric Borie, Gilles Arbona, François Caron, Olivier Cruvellier, Astrid Bas, Emmanuelle Reymond, Pierre Yvon, Stéphane Czopek, Alexandre Zeff, David Bursztein, Loïc-Emmanuel Deneuvy, Julien Testard, Maxime Dambrin, Bernard Vergne, Marina Boudra. Décor et costumes Jean-Pierre Vergier, lumières Georges Lavaudant, son Luc Guillot. Durée 2 heures 40.
MC 93 – Bobigny jusqu’au 22 octobre, puis aux Gémeaux à Sceaux du 4 au 15 décembre 2013.

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