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Critique Livre par Jacky Viallon

par Jacky Viallon

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Ce qui amuse d’emblée notre esprit dans cet ouvrage c’est la volonté de donner aux personnages un style, voire un ton complètement décalé par rapport à leur apparence et appartenance sociales.
En fait l’auteur brise les barrières, libère les clivages en offrant aux partenaires un langage uniforme plein de couleurs, de métaphores et d’images métonymiques. Sans compter toute cette poétique et ces détournements de sens parfois très inattendus de la part de certaines bouches. On ne dit pas par là qu’une certaine imagerie ne pourrait pas être produite par certain type d’individu ; plus précisément, l’auteur impose une universalité de langage dont la drôlerie dépasse les personnages. Ce qui les positionne en témoin de leur propre étonnement.
Ainsi peut-on s’attarder au passage sur quelques beaux moments : commençons par le nom des personnages. L’auteur va au plus simple et les nomme par leur nature ou fonction : Phynance un homme d’affaires, Picasso étudiante aux Beaux Arts, Picassiette abonné au restaurant etc. …Et puis suivent, comme dans la vie, sans suite logique, des bribes de réflexions lancées comme des chapeaux par-dessus bord : « …le pire c’est la solitude tu te fais toujours une tonne de nouilles en trop » ou « …lui il est con comme un iceberg, trois fois plus con que ce que l’on voit. » Et aussi « Moi je veux bien mettre le tchador si ça m’évite la grippe ».
Cette vision sarcastique du monde crée une sorte de distance où l’auteur ne se sent pas pris au sérieux. Une certaine vélocité anime les dialogues, agilité due sans doute à la patte alerte et précise de Jean-Michel Ribes qui a participé à l’adaptation théâtrale de l’œuvre de Jean-Marie Gourio.
Quant au décor rien de plus sympathique : nos racines, pour certains que nous sommes, c’est le bistrot ! Il faut respecter les lieux saints. Le bistrot fait partie de notre patrimoine. D’ailleurs tous les bistrots devraient être classés monuments historiques, « espèces » en voie de disparition. On ne peut pas dire que les bistrots vont partir en fumée puisque cette dernière est interdite de séjour. A noter, l’extension galopante des terrasses, détournement subtil de l’infraction boudée de certaines autorités qui ferment un œil puisque l’implantation parasitaire et son grignotage de trottoir font de jolis bouquets garnis de taxes fraîches.
Courant d’air à volonté avec son accompagnement de transportants tirages de pipes, « crapautages » de cigarettes, « chiqués » de cigarillos et barreaux de cigares que le résigné et bien trop sage non fumeur ne peut pas savourer, c’est-à-dire comprendre, ni partager cet immense plaisir qui nous vient d’ailleurs et qui excite notre esprit bêtement frondeur.
D’ailleurs une des qualités de ce livre c’est aussi sa fronde. Après quelques répliques sympathisantes quant à l’odeur subtile des tabacs on fait un petit tour sur le comptoir pour y entendre les conseils du jour. A savoir, comme tout adepte de l’excès, que le vin n’est que du jus de raisin, la bière du houblon jeune et dru et que le whisky moissonne lui-même son orge à la main.
Alors si on veut être au-dessus de tout soupçon à usage privé, chez soi, car au bistrot ce n’est pas pratique : il faudra « faire Bio ». Mot actuellement magique, Sésame du bon sens, joie du transit intestinal, passeport pour le vert, accès direct à la prolongation de vie.
Mais revenons à notre mouton, notre bistrot, son comptoir et ses personnages.
Tout le monde rentre, s’agite, virevolte et lève le coude poussé par les anecdotes qui truffent joliment ou salement notre vie. Ça sent la bonne humeur et la confiance en l’humour.
L’Humour ! Seul ami des vaches maigres, compagnon de déboire et, lui aussi, pilier de comptoir.
C’est entre autres cet humour-là qui permet, précisément dans l’ouvrage, de poser en toute légèreté les vrais problèmes de notre société où le bon sens populaire sait y répondre avec une sorte de gravité et de sérieux dignement dissimulés derrière le rire et le rictus…
Allez ! Tout simplement : « A votre santé ! » Dernière recommandation : ne renversez pas les verres sur les livres…

« Brèves de comptoir 3 » Une semaine de Jean Marie Gourio , adaptation théâtrale de Jean Michel Ribes et Jean Marie Gourio.. Actes Sud-Papiers Julliard 8 euros.

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