Opéra National de Paris – Palais Garnier jusqu’au 16 juillet 2011

Cosi fan tutte de Wolfgang Amadeus Mozart

Joli, galant, superficiel

Cosi fan tutte de Wolfgang Amadeus Mozart

« Ça ressemble à du Strehler » remarque un spectateur à l’issue de la représentation de Cosi fan tutte de Mozart. Bien vu ! Ezio Toffolutti qui en signe la réalisation fut le décorateur des inusables Noces de Figaro dont la mise en scène par le grand Giorgio Strehler tient l’affiche depuis quatre décennies. Ce sont ses propres décors que Toffolutti replace donc sur le plateau du Palais Garnier où l’on retrouve les signes distinctifs de sa patte, des intérieurs et des paysages baignés d’ocre, des costumes à la Tiepolo, des lumières d’aube.

Une reprise. La production date de 1996 quand le Palais Garnier entièrement rénové rouvrait ses portes, ses ors et dorures en deux soirées mozartiennes de prestige : un Don Giovanni donné en version de concert sous la baguette inspirée de Sir Georg Solti et, un cran en dessous, ce Cosi fan tutte joli dirigé par Jeffrey Tate, décoré et mis en scène par Toffolutti.

Le revoici tel qu’en lui-même, galant, superficiel, banal. Des trois opéras composés sur des livrets de Lorenzo Da Ponte –la fameuse trilogie – Cosi fan tutte –le dernier, est sans doute le plus complexe et le plus passionnant pour peu qu’on se donne la peine de creuser la face cachée de ce faux marivaudage qui revendique la liberté d’aimer. Toffolutti se contente de survoler les jeux d’amour et de hasard du "dramma giocoso" pour n’en garder que le premier degré d’"opera buffa" sur fond de libertinage sans conséquence…

Les deux soeurs babillent et se trémoussent

Après avoir opté pour un Crépuscule des dieux de Wagner à la respiration large(voir webthea du 7 juin 2011) le jeune Philippe Jordan saisit Mozart avec sérieux, avec respect. On n’en demande pas tant, et Mozart, surtout ce Mozart-là, avec ses clairs obscurs et ses mystères, se prêterait volontiers à des initiatives ou des tempi plus intimes ou plus osés. Les quatre fiancés et leur diabolique meneur d’intrigues jouent la farce bon enfant sans véritable parti pris. Fiordiligi et Dorabella, les deux sœurs babillent et se trémoussent sans se poser trop de questions. Karine Deshayes confirme qu’elle a un beau timbre de mezzo et qu’elle sait comment s’en servir. Sa Dorabella est sans surprise, volage de nature, un point c’est tout. Elza Van Den Heever, soprano née en Afrique du Sud, grande fille un peu gauche, très attendue dans les vocalises de Fiordiligi les projette inégalement passant d’aigus griffus à de soudaines baisses de tension.

Anne-Catherine Gillet détient le jackpot des applaudissements

Matthew Polenzani en Ferrando et Paulo Szot en Guglielmo forment une paire de fiancés correcte sans plus, le second, baryton brésilien, pour la première fois sur la scène parisienne, révélant un tempérament et un phrasé qui ne demanderait qu’à s’épanouir. Le Don Alfonso de William Shimell est inexistant, voix pâle, parler précipité dans les récitatifs et jeu sans envergure pour le rôle ambigu du manipulateur. C’est Anne-Catherine Gillet, délicate soprano que Nicolas Joël appelle la princesse de Liège qui remporte le jackpot des applaudissements. Une fois de plus, son legato en parfait équilibre, ses envolées toujours nettes sans être tranchantes, son irrésistible fantaisie de comédienne en font une Despina dont on se souviendra.

Cosi fan tutte de W.A. Mozart, livret de Lorenzo Da Ponte, orchestre et cheour de l’Opéra National de Paris, direction Philippe Jordan, Patrick-Marie Aubert chef de chœur, mise en scène, décors et costumes Ezio Toffolutti, lumières André Diot. Avec Elza Van Den Heever, Karine Deshayes, Mattew Polenzani, Paulo Szot, Anne-Catherine Gillet, William Shimell.

Palais Garnier, les 16, 20, 24, 28 juin, 2, 4, 7, 13 et 16 juillet à 19h30, le 10 à 14h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Crédits photos : Opéra de Paris

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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1 Message

  • Cosi fan tutte de Wolfgang Amadeus Mozart 21 juin 2011 09:02, par Jean RIVON, 9 Place de la Baille - 71000 MACON

    J’aime beaucoup les opéras de MOZART, issus de la trilogie DA PONTE, quelque soit le metteur en scène.
    J’aime beaucoup les dix opéras de Richard WAGNER, qui sont à l’opposé des opéras de MOZART
    Comme j’aime beaucoup les 28 opéras de Guiseppe VERDI, pouvant se situer entre les deux.
    Comme j’aime beaucoup les opéras de GOUNOD, PUCCINI et même ROSSINI, puisque cette année nous irons à PESARO pour 3 soirées dont MOÏSE en Egypte.
    Bref l’opéra, la danse et la musique classique sont nos PASSIONS

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