Paris - Théâtre de l’Athénée du 31 mars au 4 avril - En tournée jusqu’au 5 mai 2009
Cosi fan tutte de W. A. Mozart
Les charmes discrets des formats réduits
- Publié par
- 5 avril 2009
- Critiques
- Opéra & Classique
- 0

Monter un grand opéra dans une petite salle, le faire tourner de scènes en scènes de formats divers, le pari est tentant mais la chose n’est pas aisée. C’est pourtant ce que vient de réussir l’équipe réunie autour de l’Ensemble PhilidOr, une formation qui depuis 25 ans tente de ressusciter la tradition des ensembles d’instruments à vents tels qu’ils se produisaient aux temps du baroque et du classique. Pour apprivoiser la masse sonore du chef d’œuvre mozartien qu’est Cosi fan tutte, ils se sont auto-inspirés, si on peut dire, de la Gran Partita K. 361 pour 13 instruments à vents du même Mozart qu’ils avaient enregistré en 2002 et pour lequel ils avaient obtenu deux Diapason d’Or.
Dans la fosse, ils sont donc treize flûtistes, hautboïstes, clarinettistes, bassonistes et cornistes, avec en renfort un claveciniste et un contrebassiste à donner chair, ampleur et émotion à ce Mozart redoutable sous la direction pointilleuse de François Bozola, et ça marche. Tout le nuancier mozartien y retrouve ses couleurs, les continuos au clavecin montent la garde sur les performances des très jeunes chanteurs et l’on en oublierait presque la nécessité d’un orchestre complet.
L’âge, la fraîcheur et la spontanéité d’adolescents en fin de parcours
Yves Beaunesne, metteur en scène talentueux aguerri aux lois du théâtre – on lui doit, entre autres, un magnifique Partage de Midi à la Comédie Française - mais encore peu familiarisé avec le monde lyrique (il ne signa qu’une seule réalisation : Werther de Massenet à l’Opéra de Lille) prouve s’il en était besoin que les chanteurs ont autant besoin de directeur d’acteurs que de chef d’orchestre. Car que serait sans lui la toute jeune troupe réunie pour défendre les arias féroces d’une partition qui semble destinée à des athlètes ? Ils ont pratiquement l’âge des adolescents en fin de parcours qu’ils incarnent, ils en ont la fraîcheur et la spontanéité, ils jouent avec leurs corps autant qu’avec leurs voix, alors qu’importe si celles-ci sont encore des fruits trop verts pour l’exigence musicale de ces morceaux de bravoure : ils font croire à l’histoire, cette triste histoire de pari qui aboutit à un échangisme de passage et qui s’achève dans la désillusion.
Blazer marine, jupes plissées et Union Jack
Beaunesne situe l’action dans un collège anglais de la fin des années trente du XXème siècle. En blazer marine et cravate rayée, Ferrando (François-Nicolas Geslot, ténor au jeu sincère) et Guglielmo (Christophe Gay baryton colérique et charmeur) en sont les pensionnaires mi-potaches, mi-rebelles aux provocations d’un ancien prof devenu leur copain, le très cynique Don Alfonso (Lionel Peintre toujours excellent dans des espaces restreints). En uniformes de petites filles modèles, jupe plissée et lavallière autour du cou, Dorabella (Amaya Dominguez mezzo pleine de promesses) et Fiordiligi (Soula Parassidis ravissante et vaillante du mieux qu’elle peut dans ses terribles vocalises) sont elles aussi pensionnaires des austères lambris et des bibliothèques de l’école. On se jette des bouquins à la figure, on y croise l’épée – l’escrime fait partie de l’éducation – on y joue aux échecs et Despina (Mélanie Gardyn, robuste et efficace) est la femme de ménage finaude chargée de veiller aux bien être de ces demoiselles… Quand les deux gars partent soit disant à la guerre, ils emportent leur barda dans de gros baluchons frappés aux couleurs de l’Union Jack. Déguisés, ils apparaissent comme les ressortissants hâlés et moustachus des lointaines colonies implantées en Inde… Quand le traquenard orchestré par Don Alfonso est révélé, la réconciliation des couples ne se fait pas. La farce a tourné au drame. Ainsi va la vie…
Cosi fan tutte de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Lorenzo Da Ponte, adaptation musicale par l’Ensemble PhilidOr, direction François Bozola, mise en scène Yves Beaunesne, scénographie Damien Caille-Perret, costumes Patrice Cauchetier. Avec Soula Parassidis en alternance avec Magali de Prelle, Amaya Dominguez, François-Nicolas Geslot, Christophe Gay, Mélanie Gardyn, Lionel Peintre.
Paris – Théâtre de l’Athénée du 31 mars au 4 avril 2009
01 53 05 19 19
En tournée :
14 avril : Maison de la culture d’Amiens (03 22 97 79 79)
16, 17 avril : Opéra de Tours (02 47 60 20 20)
21 avril : Théâtre de Laval (02 43 49 19 55)
23 avril : Carré-scène nationale de Château-Gontier (02 43 09 21 52)
25 avril : Grand R, scène nationale de La Roche sur Yon (02 51 47 83 83)
27 avril : Scène nationale 61 de Alençon-Flers-Mortagne (02 33 29 16 96)
5 mai : Théâtre d’Angoulème (05 45 38 61 62)
Crédit photo : Delahaye



