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« Comment forme-t-on un artiste ? »

par Elodie Martinez

Catherine Hasler est responsable de la formation Ex.e.r.ce (expérience. école. recherche. exercice), au Centre Chorégraphique National (CCN) de Montpellier.

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Mis en place par Mathilde Monnier, depuis 2000, ce projet propose une formation singulière aux futurs danseurs professionnels dans le champ de la danse contemporaine.


webthea : Comment définissez-vous ex.e.r.ce ?

Catherine Hasler : ex.e.r.ce est une formation pour futurs danseurs professionnels dans le champ de la danse contemporaine. Ce n’est pas une école en ce sens que son programme n’est lié à aucun programme d’Etat ou à aucune formation diplômante. C’est une formation voulue par Mathilde Monnier, chorégraphe (à la tête du CCN depuis 1994) au cœur d’un projet de centre chorégraphique, lieu de création et de recherche chorégraphique.
Les étudiants ont déjà une formation initiale, voire une petite expérience en danse contemporaine. Certains viennent parfois d’autres disciplines comme les arts plastiques, la philosophie.... Ils sont immergés pendant sept mois dans un contexte professionnel et partagent, dans les ateliers qui leur sont proposés des expériences avec des artistes contemporains couvrants différents courants chorégraphiques, mais aussi issus d’autres disciplines.

webthea : Pourquoi avoir mis en place une telle formation ?

Catherine Hasler : En France, la formation du danseur se fait essentiellement par la pratique des techniques de danse en classique ou contemporain. C’est un élément important, mais ce n’est qu’une petite partie de ce qui constitue les qualités requises pour s’engager dans la vie professionnelle. Il manque un maillon et c’est cet espace là, ce décalage, que Mathilde a voulu prendre en compte pour penser un projet de formation. Elle voulait développer une ouverture sur le monde artistique à travers la rencontre avec les artistes et leurs œuvres, un accès à la théorie, et un échange autour de tout ce qui touche à l’espace professionnel.

webthea : Comment ce projet est-il né ?

Catherine Hasler : Ce projet est né d’un contexte favorable car le CCN est un lieu de création, d’accueil d’artistes et de recherche, et du désir de sa directrice. Mathilde Monnier souhaitait accueillir au cœur de ce lieu des jeunes danseurs en devenir, autour des questions soulevées par la création chorégraphique d’aujourd’hui. Elle partait du principe que la formation est un acte créatif à part entière.

webthea : Que pensez-vous du système de formation qui existe en France aujourd’hui ?

Catherine Hasler : Les formations institutionnelles, les conservatoires, les écoles nationales, s’appuient sur des schémas traditionnels et académiques même quand la matière enseignée est la danse contemporaine. A la sortie, ces jeunes danseurs sont souvent d’excellents techniciens mais ont rarement une connaissance, une culture de ce qu’est la création contemporaine. En dehors des lieux institutionnels, les danseurs contemporains se forment de façon autodidacte. Ils peuvent, à travers divers stages ou cours aller à la rencontre d’artistes professionnels. C’est souvent aléatoire et onéreux mais c’est un des bons moyens de faire des expériences diverses. Cela permet aussi de se définir autour de choix artistiques personnels.

webthea : Quel(s) problème(s) pose cette configuration du système de formation en France ?

Catherine Hasler : Est-ce que c’est un problème ? Oui, c’est un énorme problème. Comment forme-t-on un artiste ? Ces écoles forment très peu de danseurs réellement prêts à entrer dans la vie professionnelle dans le champ de la danse contemporaine. Les autres jeunes qui y pratiquent la danse sont rarement un public averti des spectacles chorégraphiques contemporains. Mais j’opposerais à cela, les programmes du bac littéraire danse menés dans certains lycées. Ils développent chez les élèves une véritable culture chorégraphique à partir de la pratique et de la théorie, de la lecture des œuvres, etc.

webthea : Quel regard portez-vous sur votre formation après six ans d’expérimentations ?

Catherine Hasler : Je dirais qu’aujourd’hui on a une belle expérience. Nous avons bénéficié de la richesse, de la disponibilité et de la créativité de nombreux artistes. La plupart des jeunes se sont engagés dans une vie professionnelle artistique ; d’autres enseignent. Certains développent des projets de recherchent, écrivent ; d’autres sont retournés aux études. Le danger serait peut-être de s’installer dans un « savoir faire ». On envisage en 2006 une pose bilan. Nous prévoyons d’organiser un forum autour de la formation et de convoquer les anciens étudiants, ainsi que des artistes, et des théoriciens... Avant de repartir vers de nouvelles propositions pour un prochain programme ex.e.r.ce 2007.

Photo : Marc Coudrais

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