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"Chambre noire" par la compagnie Plexus polaire d’Ingvild Aspeli

par Dominique Darzacq

Un des spectacles phares du Festival MARTO

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D’origine norvégienne, Yngvild Aspeli qui a fait ses classes de comédienne chez Jacques Lecoq et de marionnettiste à l’Institut International de Charleville-Mézières, aime à déjouer les frontières qu’elles soient artistiques ou géographiques. Un pied en France, notamment en région Bourgogne Franche-Comté, l’autre en Norvège son pays d’origine, elle enlace d’un même geste artistique le théâtre, la marionnette, la musique, la vidéo pour mieux « explorer la complexité de la nature humaine », forer les plus secrètes zones d’ombres. Avec Chambre noire, celles de ce personnage hors normes extravagant et paradoxal que fut Valérie Solanas (1938-1988), féministe radicale, auteure d’un virulent pamphlet : « S.C.U.D manifesto » (Society for cutting up men, soit Association pour couper les hommes) et qui a laissé son nom à la postérité pour avoir tenté de tuer Andy Warhol à coups de pistolet. C’est du reste par leurs détonations qu’Yngvil Aspeli nous propulse dans une sordide chambre d’hôtel zébrée de néons de San Francisco où, figurée par une étrange marionnette de taille humaine, celle qui se revendiquait « la première pute intellectuelle d’Amérique » au seuil d’une existence fracassée, se souvient.

S’inspirant de « La Faculté des rêves » de Sara Stridsberg, une biographie romancée de Valérie Solanas , accompagnée en live par les sonorités envoûtantes de la musicienne percussionniste Ane Marthe Sorlien Holen, la comédienne marionnettiste, emmêlant son corps à celui de la marionnette au point de s’y fondre et de se faire elle-même marionnette , jouant tous les rôles, fait surgir les fantômes : La petite fille élevée par une mère séductrice qui se rêve en Marilyn Monroe , effrayée par les attouchements d’un père qui la viole, la brillante et belle étudiante, diplômée en psychologie qui a passé une grande partie de sa vie dans les institutions psychiatriques, Andy Warhol mentor vécu comme un prédateur.
Dans cette « Chambre noire » où rôdent la folie et le désastre, rien ne s’assène, tout se suggère en superbes et percutantes images. Parmi celles-ci le saisissant ballet d’une femme araignée dotée de six jambes qui, outre la force de son propos, porte haut l’art de la marionnette.
A travers les méandres complexes d’un destin broyé retracé avec un humour décapant, la compagnie Plexus polaire brosse un portrait sensible et d’une déchirante humanité de ce personnage absolu et lucide que fut Valérie Solanas, en même temps qu’elle met le doigt sur l’irréversible des déchirures d’enfance.
la marionnette dans le foisonnement de son art
« S’emparer de figures singulières, réelles ou mythiques, est l’une des caractéristiques de cette 19ème édition de MARTO » remarque Christian Lalos directeur du Théâtre de Châtillon qui accueille Chambre noire . C’est ainsi en effet qu’au Théâtre Jean Arp de Clamart, ce rêveur extravagant qu’est Don Quichotte multiplie sa langue artistique (marionnettes, objets, vidéo) pour nous prouver que ses indignations et combats « restent d’une étonnante actualité ». Pour sa part, au Théâtre 71 de Malakoff, avec la compagnie Lanicolcheur, Ponce Pilate à travers ses doutes sur le fait de condamner ou non le Christ, nous interroge sur la validité de nos choix. Au Théâtre de Châtillon, c’est Un Roman graphique écrit en direct qui nous raconte l’histoire de Claudette Colvin, jeune lycéenne noire, aujourd’hui oubliée, mais qui fit parler d’elle en 1955, pour avoir, dans un bus, refusé de céder sa place à une femme blanche. Non seulement elle resta assise en dépit des menaces mais pour mieux en appeler à ses droits, attaqua en justice la ville d’Alabama où elle résidait. Le spectacle est une création du Collectif F71 qui pendant le Festival (15-31 mars) animera des ateliers et des rencontres sur tout le territoire de MARTO.

MARTO est un collectif qui rassemble autour de l’art de la marionnette et du théâtre d’objet sept partenaires du sud parisien : Le Théâtre des sources (Fontenay-aux- roses), les théâtres de Châtillon, Firmin Gémier/ La Piscine ( Antony/ Châtenay- Malabry) , Jean Arp (Clamart), Victor Hugo (Bagneux) , 71 (Malakoff), Le Temps des cerises et la Halle des Epinettes ( Issy-Les-Moulineaux), l’Université – Paris Nanterre. « Si chacun reste libre de ses choix et de sa programmation, nous choisissons ensemble un spectacle qui permette une action artistique à l’échelon du collectif, de même en cours de programmation nous réfléchissons à une forme qui puisse tourner au sein de MARTO. Ce sera pour cette 19ème édition, Terre invisible , un spectacle finlandais sans parole avec quelques phrases d’une langue imaginaire » explique Christian Lalos.
Inspiré de « La Ville invisible » d’Italo Calvino, réalisé et interprété par Sandrina Lindgren et Ishmael Falke de la compagnie Livsmedlet theatre Terre invisible est un spectacle insolite qui fait du corps même des artistes, l’espace scénique où se dévoile de façon saisissante le drame de l’exil. C’est « la traque d’une famille dans des montagne de genoux, l’errance d’une embarcation sur une mer de ventres... Sous des allures de jeu d’enfant, c’est le drame ordinaire de milliers de déplacés qui tentent de sauver leur peau dont il est question ». « L’autre caractéristique de cette nouvelle édition est de mettre en lumière les questions qui nous traversent dans nos histoires quotidiennes, et plus largement dans notre humanité », se plait à souligner le directeur du Théâtre de Châtillon qui présentera en coordination avec la Biennale de la danse du Val de Marne, la création de la compagnie belge Mossoux Bonté The Great he Goat . Inspiré des tableaux de Goya, le spectacle, qui lui aussi brouille les pistes du vocabulaire artistique, nous montre « une horde d’hommes et de femmes traversant les désastres de l’Histoire ».


L’art de la marionnette ne se contente pas d’investir le théâtre, la danse, la musique, la vidéo, les arts plastiques, avec Sylvain Maurice il s’annexe la cuisine. Mijotée à partir de plusieurs textes, notamment La Cuisine de Marguerite Duras. « Ouverte aux bruits du monde, « Ma Cuisine », explique le metteur en scène, est un spectacle aussi gourmand qu’intime où il sera question de goûter, des grands parents et du temps qui passe inexorablement ». Ma cuisine qui s’annonce aussi ludique que goûteuse est à l’affiche du Théâtre Jean Arp de Clamart qui pour souffler les dix bougies de la nuit de la marionnette (16 mars) ne propose pas moins de quinze spectacles faisant se côtoyer du crépuscule à l’aube, les jeunes pousses et les vieilles branches de la marionnette. Un programme qui à travers les diverses techniques : gaine, bunraku, tiges, masques, papier, ombre, figurine ou objet, invite au rêve, à la réflexion et surtout à la curiosité.

Festival MARTO du 15 au 31 mars, festivalmarto.com

La nuit de la marionnette le samedi 16 (de 20h au dimanche 6h)
Théâtre Jean Arp à Clamart tel :01 71 10 74 31

Chambre noire inspirée de « La Faculté des rêves » de Sara Stridsberg. Mise en scène Yngvild Aspali et Paola Rizza, comédienne marionnettiste Yngvild Aspeli., musique Ane Marthe Sorlien Holen (durée 1h)

Théâtre de Châtillon le 15 mars à 20h30 tel 01 55 48 06 90

Photo : « Chambre noire » ©DR , « Terre invisible » ©DR, « Ma cuisine © E Carecchio

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