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Critiques / Opéra & Classique

Carmen de Georges Bizet

par Caroline Alexander

Dans les plumes et les strass d’un Lido de province

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Du théâtre à l’opéra, de La Servante dont il est l’auteur aux Huguenots de Meyerbeer dont il fut le metteur en scène inspiré, en passant par le cabaret avec la performance de sa Miss Knife, Olivier Py aime emprunter des sentiers non balisés. Dans le programme de cette Carmen qu’il vient de décaler pour l’Opéra de Lyon, il déclare vouloir échapper à ce qu’il appelle « le folklore espagnol de pacotille ». Folklore et pacotille qui n’existent ni dans la nouvelle de Prosper Mérimée, ni dans l’opéra qu’en tira Georges Bizet.

Ce folklore, cette pacotille ne sont que les fruits d’habitudes récoltées au fil des ans avec leur lot de castagnettes, éventails, jupes à volants et rose piquée dans les cheveux. Une pléiade de metteurs en scène les ont corrigées tels Adrian Noble ou Carlos Wagner pour n’en citer que deux parmi les plus récents (voir WT des 18 juin 2009et 10 février 2011).

Ceci n’est pas Carmen mais une représentation de Carmen

Olivier Py va plus loin que le simple rajeunissement par la sobriété (Adrian Noble) ou l’incursion dans le monde de la peinture (Carlos Wagner). Il déménage Carmen d’Espagne en France et substitue à la fabrique de cigares une sorte de Lido provincial coincé entre un hôtel louche et un commissariat de police. L’essentiel du transfert ne se limite pas au changement géographique. La scène est un théâtre. Rideau rouge, rampe de projecteurs et fauteuils pour spectateurs, le ton du "théâtre dans le théâtre", est annoncé d’emblée. Une formule est connue. On pourrait pasticher Magritte et sa célèbre pipe : ceci n’est pas Carmen mais une représentation de Carmen. La clé est donnée en fin de parcours : poignardée à mort par Don José, l’héroïne se relève et disparaît en coulisses.

Des décors envahissants et bruyants

Pourquoi pas ? Mais aussi pourquoi ? Le parti pris pourrait fonctionner dans son principe, mais il bute sur trop d’obstacles et se grippe. Le décor tournant de Pierre-André Weitz est envahissant et bruyant, le théâtre bascule de face, de dos, en coulisses, dans ses loges et vestiaires où s’accroche le bar canaille de Lillas Pastia. A cour et jardin les miteux hôtels de police et de passe montent la garde. Les brigadiers de la garnison sont des flics véreux et lubriques, les cigarières des girls en fausse nudité, moulées dans des collants uniformes de couleur chair, piquées de plumes, de boas et de strass. Des personnages supplémentaires évoluent en parasites, un petit chaperon rouge et son loup, un nain présentateur de cabaret, des jongleurs, un protecteur bodybuildé… On se croirait au Grand Magic Circus d’autrefois. L’œil est tellement sollicité qu’on en oublierait d’écouter…

Ni sensualité, ni charisme

Ce que l’on entend ne rééquilibre pas l’outrance de ce que l’ont voit. La mezzo soprano Josè Maria Lo Monaco, familière des répertoires de musique ancienne, n’a pour Carmen, ni la voix, trop basse, trop terne, ni la sensualité, ni le feu intérieur qui doit en faire le charisme. Perruque rousse dégringolant sur les épaules, hauts talons écarlates, slip et soutien gorge de même couleur, elle se contente de trémousser des hanches… Inégal, l’athlétique ténor coréen Yonghoon Lee réussit pourtant à sauver les plus beaux airs de Don José alors que Giorgio Caoduro escamote carrément Escamillo par une double absence de voix et de présence. Seule Nathalie Manfrino, Micaëla douloureuse, trouble et émeut par la clarté de son timbre et de sa projection.

L’excellence des chœurs, la direction incisive Stefano Montanari à la tête de l’orchestre maison ne suffisent pas à sauver la mise.

La salle pourtant est comble. L’effet Carmen, sa musique qui trotte dans toutes les oreilles, reste garanti. Seul Bizet, mort trois mois après sa houleuse création n’en connut jamais la fabuleuse destinée…

Carmen de Georges Bizet, livret de Meilhac et Halévy d’après la nouvelle de Mérimée, orchestre chœurs et maîtrise de l’Opéra de Lyon, direction Stefano Montanari, chef des chœurs Alan Woodbridge, mise en scène Olivier Py, décors et costumes Pierre-André Weitz, lumières Bertrand Killy, chorégraphie Daniel Izzo. Avec Josè Maria Lo Monaco, Yonghoon Lee, Nathalie Manfrino, Giorgio Caoduro, Vincent Pavesi, Angélique Noldus, Elena Galitskaya, Christophe Gay, Carl Ghazarossian, Pierre Doyen, Cédric Cazottes, Joël Lancelot, Alexandra Guérinot, Kwang Soun Kim .

Opéra de Lyon, les 25, 27, 29 juin, 3, 5, 7, 9 & 11 juillet à 20h, le 1er juillet à 16h.

08 26 30 53 25 – www.opera-lyon.com

Photos : Stofleth

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