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Critiques / Opéra & Classique

CARMEN de Georges Bizet

par Caroline Alexander

Sans clichés, sans folklore une Carmen enfin universelle

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Elle revient au bercail après une dizaine d’années d’absence et y imprime la marque d’une universalité rarement atteinte. Voici donc Carmen de retour à l’Opéra Comique où elle vit le jour le 3 mars 1875 débarrassée enfin de ses clichés, de son folklore, humaine, rebelle, revendiquant sa liberté de vivre et d’aimer. Anna-Caterina Antonacci en est l’incarnation modèle, franche, directe et belle à damner les cœurs et les corps.

De bout en bout le spectacle qu’en ont tiré, côté musique Sir John Eliot Gardiner et son Orchestre Révolutionnaire et Romantique et Adrian Noble pour la mise en scène, est jubilatoire. Au plus près de Bizet et de Prosper Mérimée qui lui en insuffla le sujet. Un sujet tellement choquant aux âmes bien pensantes de l’époque que sa création se solda sur un échec doublé d’un scandale. Trois mois plus tard Bizet disparaissait, ignorant à jamais que sa Carmen deviendrait pour la postérité l’œuvre lyrique la plus jouée au monde.

Qu’aurait-il pensé de cette production arrivée 134 ans plus tard sur le lieu de ses origines ? On peut sans trop grand risque supposé qu’il aurait été content.

Un dépoussiérage radical et fidèle

Car sa musique y est superbement éclairée par les instruments d’époque d’un orchestre mis en état d’incandescence par son chef. C’est du dépoussiérage à la fois radical et fidèle où les airs les plus connus – et il y en a une ribambelle – semblent retrouver leur virginité. Le chœur du Monteverdi Choir et les enfants de la Maîtrise des Hauts de Seine en complètent le dynamisme et la fraîcheur malgré quelques légers décalages dus sans doute aux aléas d’une première.

Une arène suspendue en hémicycle sur fond de murailles constitue la base d’un décor où toutes les actions vont s’encastrer, de la place publique qui jouxte la manufacture de tabac où s’échinent les cigarières jusqu’à l’entrée du cirque où se déroulera la corrida finale, en passant par la taverne de Lillas Pastia. Ors et ocre, poussières et terres, les plans s’enchaînent comme au cinéma dans les lumières raffinées de Jean Kalman. Adrian Noble, ex-directeur de la prestigieuse Royal Shakespeare Company qui avait autrefois mis en scène à Paris, sous le chapiteau de ce qui était la préfiguration du Carré Silvia Monfort, une magnifique Duchesse d’Amalfi de Webster, a autant le sens des mouvements de foule que celui des âmes. Sa direction d’acteur fait battre les pouls au rythme des passions et transforme chaque chanteur en comédien.

Si Nicolas Cavallier n’a pas la morgue habituelle ni tous les bronzes attendus d’Escamillo, il en transcende le stéréotype par la sincérité et l’élégance, il est jeune, bouillant et grand seigneur, Anne-Catherine Gillet grandit le rôle de Micaela par sa présence et son ample tessiture de soprano tandis que le ténor américain Andrew Richards crée un vrai choc en convertissant le pâle Don José en héros tragique, voix chaleureuse et interprétation à fleur de nerfs, d’abord fringant brigadier puis vagabond en guenilles qui tente désespérément de reconquérir son idole. Anna-Caterina Antonacci, soprano solaire dans ce rôle habituellement voué à une mezzo, est cette idole avec sorte d’évidence. Tant de fois célébrée déjà (dans Médéa, La Juive, le Couronnement de Poppée, Falstaff – voir webthea des 27 octobre 2004, 3 février 2005, 25 mai 2005, 19 février 2007, 23 juin 2008), elle allie sa beauté, sa sensualité et la force de son jeu à une diction impeccable sous le charme de son léger accent italien, une projection fluide et des graves qui vrillent les cœurs. Elle ne joue pas Carmen elle est Carmen, femme indomptée qui meurt pour le choix de sa liberté.

Carmen de Georges Bizet, livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy d’après Prosper Mérimée. Orchestre Révolutionnaire et Romantique direction Sir John Eliot Gardiner, Maîtrise des Hauts de Seine, Monteverdi Choir. Mise en scène Adrian Noble, décors de costumes Mark Thompson, lumières Jean Kalman. Avec Anna-Caterina Antonacci, Andrew Richards, Anne-Catherine Gillet, Nicolas Cavallier, Virginie Pochon, Anne Gil, Francis Didziak, Vincent Ordonneau, Matthew Brook, Ricardo Novaro, Simon Davies, Lawrence Wellington.

Opéra Comique, les 15, 17, 20, 22, 25 & 30 juin à 20h, le 28 à 16h.

A ne pas oublier : le programmes des « Rumeurs » qui accompagnent chaque création de l’Opéra Comique, le « Rouge Carmen » aux couleurs de Flamenco par Juliette Deschamps, des concerts, du cinéma, des récitals et des spectacles pour enfants.

Et, pour la première fois en France :

La retransmission en direct, en haute définition et en simultané dans 45 salles de cinéma d’Europe le 25 juin 2009 à 19h30
(www.cielecran.com ou www.operacomique.com )

Renseignements, locations : + 33 (0) 825 01 01 23 – www.opera-comique

Crédit photographique : Pierre Grosbois

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