Opéra National de Paris - Bastille - jusqu’au 16 février 2008

Cardillac de Paul Hindemith

Reprise d’un joyau (assassin) à ne pas manquer

Cardillac de Paul Hindemith

Reprise à l’Opéra Bastille de l’une de ses plus belles réussites des dix dernières années, ce Cardillac aux effluves de polar, opéra de Paul Hindemith (1875-1963) mis en scène et décoré par les inséparables André Engel et Nicky Rieti. Sa création en septembre 2005 (voir webthea du 27 septembre 2005) avait fasciné le public et la presse, pour une fois d’accord. Sa réapparition sur les tréteaux de Bastille tient toutes ses promesses.

Séduction intacte pour cette musique des années vingt du vingtième siècle, résolument en rupture avec les derniers soubresauts du romantisme, du post-wagnérisme et de l’expressionnisme alors en vogue. Féru de jazz et de cinéma, Hindemith mêle volontiers la musique populaire – « asphaltmusik »/ musique des rues – aux formes plus savantes héritées notamment de Schönberg. « Musique utilitaire »/Gebrauchsmusik à l’usage des amateurs et des apprentis, musiques de cabaret satirique, il innove à tout va en sonates, lieder, quatuor, symphonies et petites pièces lyriques liées à l’actualité. En 1935, face au régime nazi en place il clame l’autonomie absolue de l’art face au politique. Deux ans plus tard, quoique n’étant pas juif, il est relégué par la politique en question parmi les artistes clamés « dégénérés ».

Quand Fontômas et M. le Maudit hantaient les écrans

Cardillac créé à Berlin en 1926 veut se démarquer de tous les styles liés à l’opéra et réclame son entière autonomie musicale. Pas question de psychologie ou de sentimentalisme, encore moins d’illustration, ici la musique fait cavalier seul à propos d’une étrange histoire tirée d’un conte de E.T.A. Hoffmann, Fraulein von Scuderi/Mademoiselle de Scudéry. Elle est censée se passer XVIIème siècle, mais André Engel a eu le flair d’en transposer l’énigme dans les années folles de sa création quand Fantômas et M. le Maudit hantaient les écrans. C’est l’histoire d’un joaillier épris à la folie de son œuvre au point d’assassiner les clients qui s’en sont portés acquéreurs. Un polar métaphysique en quelque sorte où le crime devient à son tour œuvre d’art.

Franz Grundheber (Cardillac) et Angela Denoke (die Tochter)

Quatre tableaux, quatre décors de toute beauté qui se succèdent le temps de quelques mesures : le hall d’un palace étoilé au cœur du quartier des joailliers parisiens, la somptueuse chambre à coucher d’une cliente somnambule, l’atelier chic de l’orfèvre niché sous les toits, enfin ces toits eux-mêmes que hantent danseuses et gigolos et où l’assassin justicier en cape en haut de forme piste sa dernière victime… Le mobilier est du pur art déco, les robes de Chantal de la Coste Messelière donne envie de renouveler sa garde robe, les lumières d’André Diot cisèle les espaces, et, dans la fosse Kazushi Ono, ancien directeur musical de La Monnaie de Bruxelles, actuel chef principal de l’Opéra de Lyon, prouve une fois de plus qu’il possède toutes les clés de ce répertoire spécifique où les langages de la modernité flirtent avec les patois des rues, en se tenant à distance façon Bertolt Brecht.

On retrouve avec bonheur Angelo Denoke, toujours en voix grimpant aux cimes et belle à faire craquer ainsi que la presque totalité de la distribution de 2005, Charles Workman, Christopher Ventris, Roland Bracht et Hannah Esther Minutillo dans son ballet somnambulique. Seul le rôle titre est passé de l’américain Alan Held à l’allemand Franz Grundheber, baryton basse qui donne au tueur justicier une désarmante épaisseur humaine.

A découvrir ou redécouvrir d’urgence.

Cardillac de Paul Hindemith, livret de Ferdinand Lion d’après Mademoiselle de Scudéry de E.T.A. Hoffmann. Orchestre et chœurs de l’Opéra National de Paris, direction Kazushi Ono, lise en scène André Engel, décors Nicky Rieti, costumes Chatal de la Coste Messelière ; lumières André Diot, chorgraphie Frédérique Chauveaux et Françoise Grès. Avec Franz Grunbdheber, Angela Denoke, Christopher Ventris, Hannah Esther Minutillo, Charles Workman, Roland Bracht, David Bizic.
Opéra Bastille, les 29 janvier, 2,5,12 & 16 février à 20h –
08 92 89 90 90 – www.operadeparis.fr

Crédit : C. Leiber/ Opéra national de Paris

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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1 Message

  • Cardillac de Paul Hindemith 6 février 2008 16:20, par R. Sanzio

    Bonjour, Caroline !
    Permettez-moi de vous signaler que, pour l’heure, Kazushi Ono est encore et toujours en poste à la Monnaie en qualité de directeur musical et qu’il n’occupera cette même fonction à l’Opéra national de Lyon que la saison prochaine.
    Cordialement,
    Raffaello

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