Bizet, un mystère ?

A l’Amphithéâtre Bastille, Bizet est un peu trop raconté. Sa musique, vite !

Bizet, un mystère ?

Bizet n’a pas composé que Carmen, mais ses autres œuvres sont représentées avec parcimonie (voir la manière dont Malgoire et Mesguich ont récemment rendu justice à L’Arlésienne). On aurait pu imaginer que Le Mystère Bizet, titre donné à la soirée proposée à l’Amphithéâtre Bastille dans le cadre des « Convergences », nous éclaire sur ce musicien mort à trente-six ans, génial et méconnu, et nous fasse entendre quelques pages trop rarement à l’affiche. Mais l’artiste n’échappe pas ici à sa biographie. Lesté d’un texte assez plat écrit et dit par Éric-Emmanuel Schmitt (sur le thème : Bizet, l’artiste maudit), ce spectacle nous apprend finalement peu de choses, et surtout nous fait entendre trop peu de musique : une splendide mélodie (les Adieux de l’hôtesse arabe), une bouffée du mouvement lent de la Symphonie en ut (avec le hautbois idéal de tendresse d’Olivier Rousset), quelques fragments du Docteur Miracle et de La Jolie Fille de Perth chantés par l’élégant Cyrille Dubois, un duo de Djamileh, quelques pages de piano (jouées par l’excellent Nicolas Stavy), et voilà tout, si l’on excepte Carmen. Carmen qui occupe toute la fin de la soirée et dont on entend les moments les plus célèbres (on a beau le connaître par cœur, le duo final a vraiment quelque chose d’une tragédie brûlante et nue) ainsi que la première version de la « Habanera », avant que Bizet, précisément, choisisse d’écrire une habanera.

Karine Deshayes, annoncée souffrante, joue la fatale cigarière et s’en sort très bien (la présence, le volume, l’intelligence du texte à défaut de la diction). A ses côtés, malheureusement, Attila Kiss-B porte bien son prénom : son phrasé est fruste, sa prononciation approximative, sa technique hasardeuse, ses intentions triviales. Sir Thomas Beecham, qui a laissé un mémorable enregistrement de Carmen, aurait sans doute dit qu’à l’instar de celle de Berlioz, la musique de Bizet exige un maximum de virilité allié à un maximum de délicatesse.

A la fin, Éric-Emmanuel Schmitt nous livre son intuition : Carmen aurait été composée en réalité par Mozart, sur un texte de Nietzsche. Carmen, voyez-vous, serait l’archétype du surhomme… C’est un peu court. Le mystère de la musique de Bizet reste entier, et on sort de l’amphithéâtre, comme Don José, avec un seul désir : entendre cette musique, et la réentendre encore.

photo : Karine Deshayes par Vincent Jacques

Le Mystère Bizet. Avec Karine Deshayes (mezzo soprano), Cyrille Dubois (ténor), Attila Kiss-B (ténor), Olivier Rousset (hautbois), Nicolas Stavy (piano). Amphithéâtre Bastille, les 10 et 11 octobre.

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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